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Le Devoir de littérature|Fernand Dumont, pour la prochaine fois Jonathan Livernois

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05.06.2026

Une fois par mois sous la plume d’écrivains du Québec, Le Devoir de littérature propose de revisiter à la lumière de l’actualité des œuvres du passé ancien et récent de la littérature québécoise. Découvertes ? Relectures ? Regard différent ? Au choix. Une initiative de l’Académie des lettres du Québec en collaboration avec Le Devoir.

Jusqu’à tout récemment, lire un essai souverainiste publié au printemps 1995 ramenait à une époque quasi antédiluvienne. La souveraineté semblait avoir été l’idée d’une génération, presque éteinte. L’autonomisme avait le vent dans les voiles et donnait à penser que la Coalition avenir Québec (CAQ) serait une nouvelle Union nationale, donc au pouvoir jusqu’à la fin des temps. Chez les plus jeunes, on se préoccupait (et se préoccupe toujours) de défis mondiaux plutôt que de querelles de compétences entre le fédéral et le Québec. Mais voilà, l’histoire a pris un virage en épingle.

À l’été 2025, un sondage CROP a surpris bien des gens : 56 % des jeunes Québécois (18 à 34 ans) se sont déclarés favorables à l’indépendance du Québec. Plus encore, au moment où ces lignes étaient écrites, le Parti québécois a de bonnes chances de former le prochain gouvernement. On huile déjà la mécanique référendaire. Soudainement, lire ou relire Raisons communes, essai sans doute un peu oublié de Fernand Dumont (1927-1997), devient presque un impératif pour comprendre ce que l’on vit et ce que l’on risque de vivre.

Paru aux Éditions du Boréal au printemps 1995, Raisons communes est un « bref essai de philosophie politique » où Fernand Dumont veut désigner les « raisons communes susceptibles d’inspirer le projet d’une société démocratique ». L’année 1995 sera celle du second référendum, et pourtant, le sociologue n’en parle que très peu. Sans doute parce que les enjeux soulevés sont bien plus profonds que la logique référendaire. L’objectif du sociologue est clair : « élever le niveau des raisons communes ».

Comment y arriver ? Dumont donne rapidement sa réponse : « Construction d’une Cité politique, édification d’une culture, renouveau d’une démocratie sociale : ces trois tâches se rejoignent dans la même quête de raisons communes. »

Le Canada n’est pas tout à fait la Cité politique espérée pour les Québécois et Québécoises. Le croire relève, au mieux, d’un « long malentendu historique », entretenu par des tentatives d’accord, un rapatriement et de fort nombreuses conférences constitutionnelles. Sans une véritable consultation populaire, la mise en place du régime confédératif apparaît à Dumont comme une sorte d’appeau pour les francophones du pays, dont plusieurs se laissèrent convaincre que leur culture serait respectée grâce au partage des pouvoirs. Mais l’illusion a fini par s’évaporer, du moins partiellement. Face au mouvement autonomiste et souverainiste, Pierre Elliott Trudeau a réussi à « refonder » le pays. Son secret : le multiculturalisme.

À en croire Fernand Dumont, le multiculturalisme puis la Charte canadienne des droits et libertés ont servi d’outil de « fragmentation........

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