Le rideau de verre
Il y a 80 ans, le 5 mars 1946, Winston Churchill se trouve à Fulton, une petite ville du Missouri. À ses côtés, le président Harry Truman. Les deux hommes arrivent en limousine au campus d’un collège huppé nommé Westminster. Churchill porte son nœud papillon et un feutre anglais. Son gros cigare se balance au coin de sa bouche.
Ce jour-là, il prononce un discours retentissant. Mains sur les hanches, il articule des mots qui structureront la seconde moitié du XXe siècle. Il n’est plus premier ministre depuis un peu plus de sept mois, mais il parle encore en homme d’État. Churchill ne remet pas en question l’ordre qui se met en place. Il en impose une lecture tranchée.
Avec ses allures de bouledogue, il affirme qu’un « rideau de fer » vient de tomber sur l’Europe. « De Stettin dans la Baltique à Trieste dans l’Adriatique, un “rideau de fer” est descendu sur le continent. »
Churchill poursuit : « Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens États d’Europe centrale et orientale : Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia. » Toutes se retrouvent désormais dans la sphère d’influence de Moscou. L’Europe cesse d’être un espace continu : elle devient un continent coupé en deux.
Ce « rideau de fer » dont parle Churchill existait bien avant qu’il ne le nomme. Mais la formule transforme une inquiétude diffuse en vision stable du monde.
En 1946, l’hostilité de Winston Churchill à l’égard de Moscou n’est pas nouvelle. Lors de la Révolution russe, en 1917, elle apparaît déjà vive.
Le parti de Lénine a annulé les........
