Pâques, merci à la vie
Pâques cette année a pour moi saveur de Frédéric Barriault. Fin février, après un mal de ventre, on lui diagnostiquait un cancer incurable. Quelques jours plus tard, il était accueilli dans une maison de soins palliatifs où il est décédé une quinzaine de jours après. La mort lui est devenue soudain à toute vitesse un horizon tout proche, presque palpable. Cela aurait pu être oppressant. Or, il rayonnait de sérénité.
Certes, laisser si vite une épouse et deux jeunes ados qu’il aimait tant, ainsi que sa famille, ses amis, son travail inachevé (il préparait une thèse d’histoire sur la contribution du jésuite Jacques Couture à la société québécoise) — la vie qu’il buvait à grandes lampées de tendresse et d’attention aux autres —, tout cela lui causait une peine immense, à en pleurer toutes les larmes de son corps gonflé par un sarcome. Mais, en dépit de cette peine, ou plutôt en elle, il exhalait la gratitude de vivre. Il n’était pas braqué sur la mort, ni sur ce « crabe » intrusif, qu’il disait avoir apprivoisé, mais, les yeux grands ouverts, il disait merci à la vie.
Gracias a la vida que me a dado tanto, chantait Violeta Parra. Son être tout entier disait la même chose. Tout est grâce, répétait-il, à la manière du curé de campagne, du roman de Bernanos, ou de la petite Thérèse. Voyez-vous, j’en suis encore tout chaviré.........
