De patient orphelin à mort en sursis
Ce parcours débute il y a maintenant huit ans, en 2018, donc, lorsque mon médecin de famille prend sa retraite. Je suis alors inscrit sur la liste « ministérielle » de patients orphelins. J’y demeure pendant sept ans, heureusement sans problème de santé important, sauf peut-être celui qui ne pouvait être détecté, faute d’examen annuel que j’avais auparavant.
En juin 2025, je reçois un appel du GMF de Bedford m’informant que j’y suis dorénavant pris en charge et on me demande un prélèvement sanguin et un test d’urine. Une infirmière me rappelle quelques semaines après pour me dire que je suis en très bonne santé. Six mois plus tard, en décembre 2025, je reçois un autre appel m’informant que je suis pris en charge par un médecin de la clinique locale de ma ville, Lac-Brome.
Le médecin me fixe un rendez-vous pour mettre mon dossier à jour. Il m’examine et, remarquant ma prostate plutôt grosse, il ajoute que cela peut être cancéreux et que je devrai passer rapidement un examen en urologie. Ce constat est fait le 15 décembre 2025, mais je n’ai aucune autre nouvelle jusqu’au 15 janvier 2026. Je rappelle mon médecin, qui appelle un urologue de Cowansville, et j’obtiens un rendez-vous le 17 janvier.
L’urologue confirme l’énoncé de son collègue, ajoutant que le cancer est avancé et agressif, avec métastases. Je lui montre aussi ma jambe gauche enflée depuis quelques jours ; il constate une thrombophlébite causée par le cancer. Je trouve que ça commence à devenir sérieux. On me prescrit plusieurs tests à passer rapidement : radiologie (le 26 janvier, à Cowansville), scintigraphie (le 27 janvier, à Granby), biopsie (le 3 février, à Sherbrooke).
L’urologue du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) me prescrit des anticoagulants (contre la phlébite) et un médicament d’hormonothérapie pour freiner le cancer (de l’acétate de leuprolide, qui réduit la testostérone). Le 9 mars, l’urologue du CHUS me téléphone pour dire que la biopsie confirme le diagnostic de cancer avancé et agressif, mais qu’il faut d’autres examens pour localiser les métastases et préparer le traitement. Il dit que je serai appelé pour un test, et dit aussi de le rappeler deux jours après le test.
Deux semaines passent sans nouvelles.
Le 23 mars je constate que j’ai une petite « bille » dans l’abdomen, alors j’appelle mon médecin de famille. Il me donne rendez-vous le 30 mars et me confirme que cette chose est un « implant » causé par le cancer et qu’il faudra l’enlever. Je lui rappelle que je dois aussi passer un test prescrit par l’urologue du CHUS, dont je suis sans nouvelle. Mon médecin me dit qu’il va le contacter dans les jours suivants.
Au moment d’écrire ce texte, le 6 avril, je n’avais eu aucun appel concernant ce test ou cet « implant ». On m’a finalement rappelé le 9 pour me donner un rendez-vous en début de semaine prochaine. Pendant ces longues semaines, je suis demeuré plutôt stressé, ayant entendu ces médecins me dire que mon cancer est virulent, que ma santé en sera sérieusement affectée et que mon espérance de vie est certainement amoindrie.
Mon anxiété est amplifiée par les délais du suivi, que je trouve plutôt longs, trop longs… Pendant ce temps, je lis dans les journaux que des milliers de patients québécois attendent pendant des mois pour des examens, et que des omnipraticiens sont frustrés eux aussi par la très lente prise en charge de leurs patients par les spécialistes.
Parfois, je me demande si le prochain examen que je subirai sera par un pathologiste, dont un mandat est d’expertiser les causes de décès. Son rendez-vous est aléatoire, mais je n’aurai plus besoin d’attendre.
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