Idées|Le droit au logement est une condition de la démocratie François Roy et Benoît Côté
Nous partageons largement le diagnostic posé par Michel Parazelli sur les ravages du néolibéralisme dans Le Devoir du 16 juin. Depuis plusieurs décennies, la financiarisation du logement, le recul de l’État social, la marchandisation des services publics et l’accroissement des inégalités ont profondément fragilisé les conditions d’existence de milliers de personnes. L’itinérance n’est pas le résultat d’échecs individuels ; elle constitue l’une des manifestations les plus visibles d’un modèle économique qui subordonne les besoins humains aux exigences du marché.
Sur ce point, notre accord est entier.
Là où nous divergeons, c’est lorsque Michel Parazelli laisse entendre que l’approche « Logement d’abord » participerait elle-même de cette logique néolibérale. En mettant principalement l’accent sur certaines dérives réelles de son application, il nous semble occulter sa portée émancipatrice lorsqu’elle s’inscrit dans une véritable politique de développement du logement social et de soutien communautaire. Ce faisant, il risque d’écarter un levier essentiel de transformation sociale au motif qu’il ne répond pas, à lui seul, à l’ensemble des causes structurelles de l’itinérance.
Or, la philosophe Barbara Stiegler, dont les travaux constituent aujourd’hui l’une des critiques les plus fécondes du néolibéralisme, partage pourtant un diagnostic très proche de celui de Michel Parazelli. Elle montre comment le néolibéralisme impose aux individus une adaptation permanente aux impératifs de la concurrence, de la performance et de la flexibilité. Dans cette logique, ce ne sont plus les institutions qui........
