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Comment les gangs ont appris à prospérer dans le vide laissé par l’État haïtien

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30.06.2026

Lorsque j’ai quitté Haïti, en août 2025, je suis monté à bord d’un hélicoptère à destination de Cap-Haïtien, avant de poursuivre ma route vers Miami. Ce qui aurait dû rester exceptionnel était devenu presque routinier : tous les mois ou presque, l’hélicoptère remplaçait l’avion. Dans mes écouteurs jouait Haiti Cherie, dans la version d’Harry Belafonte. Sous moi défilait Port-au-Prince. L’aéroport international de la capitale demeurait fermé aux vols commerciaux depuis plus d’un an après que des appareils civils eurent été pris pour cible par des groupes armés.

Je repensais alors à ma première mission dans le pays, dix ans plus tôt.

En 2015, Haïti était déjà instable, profondément inégalitaire et souvent mal gouvernée. La corruption imprégnait la vie publique. Les élections suscitaient régulièrement la contestation. Les gangs existaient déjà. Pourtant, l’État demeurait présent. La Police nationale occupait le terrain, les administrations continuaient tant bien que mal d’assurer leurs fonctions et la MINUSTAH contribuait encore à contenir les risques de déstabilisation majeure. Les groupes armés n’étaient pas encore devenus des centres de pouvoir autonomes. Plusieurs servaient de relais, d’instruments d’influence ou de bras armés à différents acteurs politiques et économiques.

C’est peut-être là que réside l’une des erreurs les plus fréquentes dans notre lecture de la crise haïtienne.

Les gangs ne sont pas apparus spontanément. Pendant des années, une partie de la classe politique a entretenu des relations ambiguës avec des groupes mobilisés pour influencer des élections, intimider des adversaires ou protéger certains intérêts. Nombre de leurs chefs étaient loin d’être des marginaux. Certains avaient servi dans les dispositifs de sécurité de personnalités politiques. D’autres provenaient de la police ou de structures gravitant autour du pouvoir. Jimmy « Barbecue » Chérizier........

© Le Devoir