Le vinyle, support identitaire et marqueur de distinction
Lorsque j’ai demandé à mon père si je pouvais récupérer sa vieille table tournante, il m’a regardé avec étonnement : « Mais que comptes-tu faire d’une vieillerie pareille ? » On comprend sa réaction. À l’ère de l’écoute en continu (streaming), où les œuvres musicales circulent librement sur les plateformes numériques, le disque vinyle semble avoir perdu toute utilité. Pourtant, il connaît aujourd’hui un spectaculaire regain de popularité.
Et les chiffres ne mentent pas. Entre 2021 et 2023, les ventes ont fortement augmenté au Canada, enregistrant une hausse d’un peu plus du tiers ( 34,5 %), selon Statistique Canada. L’Institut de la statistique du Québec observait en 2025 une hausse de 12,4 % par rapport à l’année précédente, avec plus de 372 000 disques vendus dans la province. La tendance se confirme ailleurs dans le monde : aux États-Unis comme en Europe ou en Asie, le « long jeu » est devenu l’enfant chéri des disquaires, enregistrant la plus forte croissance de l’industrie musicale.
Ce retour en force est d’autant plus surprenant qu’à la fin des années 1990, la plupart des technophiles annonçaient sa disparition imminente. L’arrivée du disque compact, puis la numérisation massive de la musique, souvent accessible gratuitement en ligne, semblaient sceller son sort. Pourquoi continuer à manipuler un disque fragile et encombrant quand des millions de chansons tiennent désormais dans la poche de notre pantalon ?
Nombre de mélomanes évoqueront l’expérience sensorielle que le disque vinyle leur procure. Le léger grésillement de l’aiguille sur le sillon donne l’illusion, diront-ils, que les musiciens performent dans l’intimité de leur salon. Le son est plus incarné, moins compressé. Mais cette explication suffit-elle à rendre compte de sa popularité croissante ? On peut en douter : les expériences d’écoute à l’aveugle montrent que l’oreille humaine peine à distinguer le son de la table tournante de celui du disque compact ou des plateformes de diffusion en continu. Tout porte........
