Pour la création d’une Académie culturelle du Québec
Yves Capuano propose de créer une institution dont la mission première serait de définir et de transmettre le socle commun de la culture québécoise.
Alors que le français subit un recul qualitatif et quantitatif au Québec et que notre culture est fragilisée par les bouleversements technologiques, il devient urgent de reposer la manière dont nous préservons et transmettons notre héritage collectif. La création d’une Académie culturelle du Québec pourrait offrir la cohésion et la vision nécessaires à un tel renouveau.
Face aux transformations technologiques et à la fragilité croissante du français, la culture québécoise se trouve à un tournant historique. Son avenir repose désormais sur la capacité de nos artistes à s’unir pour affirmer l’identité du Québec et continuer d’enrichir son imaginaire collectif. Car ce sont les artistes – écrivains, musiciens, danseurs, dramaturges, cinéastes et créateurs de toutes disciplines – qui incarnent l’âme et la vitalité du peuple québécois.
Sans une culture forte et transmise de génération en génération, le Québec risque de s’effacer progressivement comme dernier bastion francophone d’Amérique du Nord. Il faut agir avant que notre paysage culturel ne se dissolve dans l’indifférence et l’assimilation.
C’est dans cet esprit qu’émerge l’idée d’une Académie culturelle du Québec, institution indépendante et représentative dont la mission première serait de définir et de transmettre le socle commun de la culture québécoise. Elle pourrait jouer un rôle fondamental dans l’élaboration des contenus culturels enseignés du primaire au cégep.
L’école, malgré ses efforts, peine à assurer la transmission de la culture nationale. Combien de jeunes aujourd’hui connaissent vraiment les poèmes de Nelligan, les chansons de Vigneault ou les pièces de Tremblay ? Il est urgent de leur redonner accès à ces fondations de notre imaginaire collectif.
Lier patrimoine et culture universelle
L’Académie aurait aussi le mandat d’ouvrir nos étudiants aux grandes œuvres universelles – de la littérature mondiale à la musique classique, du cinéma d’auteur aux arts visuels – afin de les ancrer dans une culture large et éclairée. Autrefois, ce rôle revenait au cours classique ; aujourd’hui, il devrait être défini par ceux et celles qui créent et façonnent la culture au quotidien. Qui, mieux que nos plus grands artistes, peut choisir ce qui mérite d’être transmis ?
L’Académie pourrait être dotée d’un statut légal et d’un mode de fonctionnement similaires à ceux de l’Académie française, en tant que personne morale de droit public. Elle disposerait d’une autonomie institutionnelle lui permettant, entre autres, d’élire son propre secrétaire, tout en conservant une place reconnue dans l’appareil d’État.
À l’image d’une société d’État comme Hydro-Québec, elle exercerait un rôle à la fois consultatif et décisionnel dans les domaines de l’éducation culturelle, de la transmission de la culture et de la mise en valeur du patrimoine québécois. Ce statut juridique assurerait la stabilité, la légitimité et l’indépendance de ses orientations au service de la culture québécoise.
Cette Académie réunirait les plus grands créateurs de toutes les générations dans une démarche interdisciplinaire et intergénérationnelle. Elle pourrait agir à titre consultatif auprès du gouvernement pour orienter la construction d’infrastructures artistiques – théâtres, salles d’opéra, plateformes numériques – et développer une stratégie culturelle adaptée au XXIe siècle.
L’Académie culturelle du Québec serait bien plus qu’un symbole : elle deviendrait la voix collective de nos artistes, un phare pour guider notre société dans la préservation et le renouvellement de son identité. Créer l’Académie culturelle du Québec, c’est affirmer que la culture ne se gère pas seulement comme une industrie, mais qu’elle constitue le cœur vivant de la nation.
*Yves Capuano est l’auteur de l’ouvrage Vers le Québec libre avec Jean-Baptiste Colbert.
