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Incluons les « trois vitesses » dans la discussion

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20.04.2026

Ancien élève en sport-études, l’auteur n’a jamais vraiment aimé l’école, mais a toujours voulu apprendre. Dans la foulée de la publication du texte « Ce que ces huit ados changeraient à l’école…1 », il appelle à une réflexion qui impliquerait les élèves de tous les horizons sur l’avenir de l’éducation au Québec.

Récemment, une chronique de La Presse a particulièrement retenu mon attention : « Ce que ces huit ados changeraient à l’école… » de Vincent Brousseau-Pouliot. Parce que les élèves interrogés provenaient de l’école secondaire De Mortagne, où j’ai moi-même étudié, cette lecture m’a particulièrement interpellé.

Cette chronique a d’autant plus piqué ma curiosité qu’au cours de cette semaine-là, on avait beaucoup parlé d’éducation avec la sortie du livre blanc de Gabriel Nadeau-Dubois. Comme ancien élève de De Mortagne, où j’ai terminé mon secondaire en 2024 dans le programme sport-études hockey, je me suis rapidement senti concerné par les enjeux soulevés dans le texte.

Je me suis toujours intéressé à la politique et au système d’éducation québécois, particulièrement quand j’ai réalisé les inégalités de notre système scolaire au secondaire. J’ai la chance d’avoir des parents qui ont à cœur l’éducation. Ils ont tous les deux fréquenté une école secondaire publique de quartier au milieu des années 1980 alors qu’il n’y avait pas de programmes particuliers. Ils ont continué leurs études au cégep puis à l’université, mon père avec une maîtrise et ma mère, un doctorat.

Mes parents ont toujours eu une grande confiance envers l’école publique. Leur propre parcours en témoigne. Pour moi, ils ont toujours été la preuve qu’il est tout à fait possible de réussir, et même d’aller très loin, en venant du public.

C’est donc dans cet esprit que, lorsque le moment est venu de choisir mon école secondaire, le privé n’a jamais réellement été envisagé, non pas par manque de moyens, mais par conviction.

Je comprends tout à fait que plusieurs parents souhaitent offrir ce qu’ils perçoivent comme la meilleure éducation possible à leurs enfants. Toutefois, ce choix soulève aussi, selon moi, une question plus large : quelle confiance accordons-nous collectivement à notre système d’éducation publique ? Même les programmes particuliers du réseau public, bien qu’ils représentent à mes yeux un compromis plus acceptable que le privé puisqu’ils demeurent au sein du public, participent à une certaine forme de séparation entre les élèves. Si tout le monde finit par penser que la meilleure voie passe ailleurs que par une école publique, il devient légitime de se demander quelle place et quelle confiance nous accordons encore à l’école publique ordinaire.

En sport-études, j’étais quand même dans la « deuxième vitesse » de notre système d’éducation, celle des programmes particuliers. À l’époque, je crois que ni mes parents ni moi ne réalisions ce qu’était la deuxième vitesse. Je l’ai réalisé pendant mon parcours scolaire, à lire des articles sur le sujet, mais surtout à la fin de mon secondaire quand j’ai compris que je ne connaissais quasiment personne dans le « régulier », on ne les côtoyait pas, c’était comme deux écoles différentes. J’ai alors compris d’où venait l’expression l’école « à trois vitesses ».

C’est pourquoi j’étais déçu que, sur les huit élèves interrogés, aucun ne soit issu du sport-études. Pourtant, ces élèves vivent eux aussi une réalité scolaire bien distincte, qui mérite d’être entendue. Ayant moi-même étudié dans ce programme, j’aurais aimé lire l’opinion d’un élève-athlète sur toute la question de l’éducation. L’ayant vécu, j’ai l’impression qu’en sport-études, l’école s’arrête après les trois cours du matin, comme si le reste de la journée appartenait uniquement au sport. Or, on peut s’entendre sur le fait qu’une infime minorité d’athlètes vont faire carrière dans leur sport, il faut donc les préparer à devenir les citoyens de demain, à réfléchir sur les enjeux de notre société, autant que les autres élèves.

J’imagine qu’aucun étudiant ne pouvait faire l’entrevue étant donné leurs obligations, mais je pense que la question de l’éducation est assez importante pour rater un après-midi d’entraînement, même si, à leur place, je n’aurais sûrement pas voulu rater le mien.

Si l’on souhaite régler le système à trois vitesses, il faut inclure les trois vitesses dans la discussion.

Du fait de mes parents, je n’ai jamais pensé que j’étais désavantagé par le fait de fréquenter l’école publique. Alors, quand j’ai lu que les élèves du public croyaient que ceux du privé étaient mieux préparés, j’étais déçu. Certainement que l’école privée possède plus de ressources, mais selon moi, il est permis de croire qu’on peut faire de grandes choses, même si on vient d’une école publique.

Aujourd’hui, je crains que trop de jeunes ne croient plus en leurs chances de réaliser leurs rêves à la même hauteur que les autres, à cause d’un système qui fonctionne à trois vitesses.

Entre le documentaire de Ricardo sur la vétusté de nos écoles et le livre blanc de Gabriel Nadeau-Dubois, les exemples récents montrent bien que la question de l’éducation occupe une place importante dans le débat public.

À mes yeux, il devient clair que certaines choses doivent changer. Et, comme le souligne Vincent Brousseau-Pouliot, cette réflexion doit se faire en donnant une véritable voix aux élèves qui vivent cette réalité au quotidien.

Je n’ai jamais vraiment adoré l’école. Pourtant, j’ai toujours aimé apprendre et retrouver mes amis chaque jour. C’est justement ce contraste qui m’amène aujourd’hui à m’intéresser à la façon dont on pourrait améliorer notre système d’éducation.

À l’automne, j’entamerai un certificat en science politique tout en terminant ma carrière junior au hockey, avant de poursuivre mes études en droit. Je ne sais pas encore exactement ce que je veux faire plus tard, mais ça ne m’empêche pas de rêver, notamment à un système d’éducation plus juste et équitable.


© La Presse