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« Pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance que ce soit filmé » : Flavel, victime de violences policières à Noisiel témoigne

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26.03.2026

Flavel, roué de coups par des agents de la BAC en marge d’échauffourées dans la ville de Seine-et-Marne, le 16 mars, a déposé plusieurs plaintes auprès de l’IGPN. Il est soutenu par la Ligue des droits de l’homme.

« Je m’appelle Flavel, 35 ans, victime de violences policières. » C’est par cette simple formulation que cet habitant de Noisiel (Seine-et-Marne) s’est présenté, lors de la conférence de presse organisée jeudi 26 mars par la Ligue des droits de l’homme (LDH).

Le 16 mars, il est près de 22 h 30 quand l’homme arrive cours des Roches, où il vit. Parce qu’il avait faim – « Je n’avais pas eu le temps de déjeuner ce jour-là » –, il se rend dans l’un des deux restaurants de la rue. « J’ai entendu des bruits de pétard. Je suis allé à l’extérieur et j’ai vu que le commissariat était visé par un groupe de jeunes. » Son premier réflexe est d’appeler un ami dont le magasin est mitoyen du commissariat.

La suite, tout le monde l’a vue, grâce à la vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux : Flavel est pris à partie par des policiers de la brigade anticriminalité (BAC), arrivés en renfort pour mettre fin aux échauffourées. Il est roué de coups, projeté au sol par un policier couché sur lui. Une grenade lacrymogène explose au niveau de son visage.

« Je veux témoigner au nom de tous ceux qui n’ont pas eu la chance que les violences soient filmées »

Emmené au commissariat, il est placé en garde à vue. « Je n’ai que des flashs de cette soirée », confie Flavel, qui – éprouvé et visiblement en choc post-traumatique – a du mal à s’exprimer. « Psychologiquement, ça ne va pas du tout, et j’ai mal partout. » S’il est là aujourd’hui, c’est pour « témoigner au nom de tous ceux qui n’ont pas eu la chance que les violences soient filmées et que justice soit faite ».

Dans cette affaire, quatre plaintes ont été déposées auprès de l’inspection générale de la police nationale (IGPN) « pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique avec arme en réunion, pour dénonciation calomnieuse, pour faux en écriture publique et pour agression sexuelle, détaille l’avocat de Flavel, Me Pierre Brunisso. Le procureur de la République de Meaux reconnaît lui-même l’incohérence majeure entre le procès-verbal écrit par le policier qui rapporte que Flavel aurait été à l’origine du premier coup porté à leur encontre, ce que les vidéos démentent ».

Une fois au commissariat de Torcy, Flavel aurait été victime d’agression sexuelle de la part du policier interpellateur : « Au moment de la fouille, il a touché de manière extrêmement insistante les parties intimes et la raie des fesses de mon client. Une pratique connue qui vise à humilier davantage la victime », insiste Me Brunisso.

« Il semble que l’IGPN a pris la mesure de la situation. Fait assez rare, nous avons été entendus durant cinq heures et demie, et plusieurs équipes sont déployées pour enquêter », ajoute le conseil de la victime. Une pression qui expliquerait l’empressement des policiers à rechercher des personnes ayant attesté des violences commises par les agents. « J’ai un ami qui a témoigné et qui subit de nombreuses pressions », confie Flavel.

Présent sur les lieux, Bader Ibrahim serait ainsi recherché par la police. « Je reçois plein de messages (…) qui me disent que les policiers de Torcy me cherchent pour me faire taire. Ça me fait flipper », a raconté le jeune homme à l’Humanité. Me Brunisso a transmis un signalement au procureur de la République de Meaux, ce mercredi 25 mars, pour « subornation de témoin ».

« Les policiers de Torcy me cherchent pour me faire taire » : un témoin des violences policières de Noisiel affirme être victime d’intimidation

Les plaignants souhaitent aussi dénoncer le « caractère raciste ». « À part sa présence à proximité des lieux et son appartenance ethnique, il n’y a rien. Il n’y a aucun indice objectif à cette interpellation », estime Me Grâce Favrel, l’avocate de la LDH, qui a décidé de se joindre à l’action pénale aux côtés des victimes. Plusieurs témoignages et le son de la vidéo permettent de savoir que des propos comme « sale Noir » et « sale bougnoule » ont été prononcés par les policiers. Des éléments qui, mis bout à bout, « remettent en cause le narratif des forces de l’ordre ».

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