Fabrice Leggeri, l’ex-patron de Frontex visé par une enquête pour complicité de crimes contre l’humanité
C’est en tant qu’ancien dirigeant de l’agence européenne de contrôle des frontières que l’eurodéputé RN Fabrice Leggeri fait depuis 2024 l’objet d’une plainte déposée par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et Utopia 56.
Au téléphone Maître Kamel Daoud, l’avocat de la LDH, se félicite : « Cela montre qu’il ne faut jamais baisser les bras et que la pugnacité des associations doit être saluée. » Avec Utopia 56, la Ligue avait déposé plainte en avril 2024 contre Fabrice Leggeri en tant que patron de Frontex, l’agence européenne aux frontières – un poste qu’il a occupé de janvier 2015 à avril 2022.
Après deux ans de procédure, cette plainte connaît un premier aboutissement. Selon une décision en date du 18 mars, rendue publique le mardi 24, la cour d’appel de Paris a décidé qu’il y avait « lieu à informer sur les faits tels qu’ils résultent de la plainte ». Cela entraînera la désignation prochaine d’un juge d’instruction à l’encontre de celui qui est devenu, en juin 2024, député européen pour le Rassemblement national.
34000 morts en Méditerranée depuis 2014
Les faits visés par la plainte pour complicité de crime contre l’humanité et d’actes de torture sont précis et documentés. Il s’agit, rappelle Me Daoud, des actes « de refoulement, de détention arbitraire, parfois de violences, commis par les garde-côtes grecs » en mer Égée, et qui ont pu aboutir à des disparitions. La mort du petit Aylan Kurdi, 3 ans, retrouvé noyé en septembre 2015 sur une plage grecque, était devenue le symbole terrible du drame qui se jouait alors en Méditerranée orientale.
Également visée par la plainte, « la collaboration étroite avec les garde-côtes libyens et l’appui financier, logistique et matériel » qui leur a été apporté par Frontex. Une collaboration poussée, « sous la responsabilité de Fabrice Leggeri », puisque Frontex allait jusqu’à fournir les coordonnées des bateaux d’exilés aux garde-côtes libyens, lesquels sont parfois intervenus hors de leurs eaux nationales.
Des opérations qui aboutissaient soit au retour des exilés en Libye, pays en guerre où ils sont livrés à tous les trafics et à toutes les exactions, soit aux tragédies qui ont fait de la Méditerranée le plus grand cimetière du monde avec 34 000 morts depuis 2014, selon les chiffres – parfois considérés comme sous-estimés – de l’Office international des migrations.
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La responsabilité des donneurs d’ordres
Toujours selon l’avocat de la LDH, Fabrice Leggeri « avait conscience que tout cela était, a minima, irrégulier » car à l’époque, « il a délibérément caché et donné des consignes pour dissimuler les faits aux officiers des droits humains » intégrés au sein de l’agence qu’il dirigeait.
Le conseil espère que l’enquête qui va s’ouvrir « permettra de poser des questions aux témoins, aux collaborateurs et aux autorités de tutelle » de l’agence, afin « au moins de connaître les faits et savoir comment Frontex a pu déployer ainsi une politique de soutien aux agissements des garde-côtes grecs et libyens ».
Surtout, il souhaite que soit posée la question de « la responsabilité, institutionnelle et pénale, de ceux qui ont impulsé et organisé ces politiques de chasse aux migrants, au mépris des droits humains ». Selon l’entourage de l’eurodéputé RN, interrogé par l’AFP, celui-ci n’a « pas de commentaire à faire à ce stade ».
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