Lyonel Trouillot, écrivain haïtien : « Je ris quand j’entends dire que la littérature n’a rien à voir avec la politique »
L’écrivain haïtien publie chez Actes Sud « Bréviaire des anonymes ». Comme dans ses 15 romans précédents, il y ausculte les souffrances endémiques de son île natale, auxquelles il ajoute l’ascension néfaste des sectes évangéliques. Ses réponses dessinent l’autoportrait d’un écrivain pour qui « toute vie mérite d’être contée ».
Lyonel Trouillot naît à Port-au-Prince le 31 décembre 1956, dans une famille d’avocats. Sa sœur Jocelyne est rectrice de l’université Caraïbe à Port-au-Prince. On lui doit des ouvrages pédagogiques et des livres destinés à la jeunesse, essentiellement en créole haïtien. Son autre sœur, Évelyne, est poétesse et romancière, son frère, Michel-Rolph, est anthropologue et historien.
Rien d’étonnant à ce que Lyonel Trouillot entre très jeune en écriture, d’abord en publiant ses poèmes dans des journaux et revues, puis en composant des chansons pour des artistes résolument engagés : Toto Bissainthe, Jean Coulanges, Manno Charlemagne… Les romans suivent, souvent primés, pour la plupart édités par Actes Sud. En 2015, François Marthouret tournait le film Port-au-Prince, dimanche 4 janvier, à partir de son roman Bicentenaire (2004).
« Bréviaire des anonymes », comme vos précédents romans, s’inscrit logiquement dans l’analyse spectrale de votre pays natal, Haïti. Au premier plan se trouve Manie, une jeune bossue qui sera condamnée au sacrifice par une secte de fanatiques évangélistes. Elle dit : « Ma bosse, c’est comme une île que je porte dans mon dos. » N’est-elle pas Haïti en personne ?
La bosse, c’est en effet l’île que je porte sur mon dos. C’est ma solitude et mon ancrage. La bosse revient souvent chez moi, surtout dans mes écrits poétiques. L’insularité est une forme de solitude. La solitude de Manie est celle de tout êtrehumain lorsqu’il est identifié à partir d’une marque, d’un signe physique qui lui donne une singularité repoussoir.
Les repoussoirs sont souvent les lieux où les pouvoirs s’établissent. Ceux qui n’ont pas de pouvoir n’ont pas le pouvoir derepousser. Manie, cette gamine qui n’a commis aucun crime, va être tuée, piétinée sciemment. Ceux qui tuent sont aussi ceux qui ont le droit de confisquer la parole.
L’autre figure importante est celle du neveu d’un ministre, qui a pour mission d’inventorier, loin de Port-au-Prince, la bibliothèque monstre d’un mystérieux érudit. Ce chargé d’inventaire n’est-il pas le plus proche de vous ? Un...
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