« J’ai essuyé une pluie de coups de pied dans la tête » : à Alès, la violence de l’extrême droite toujours impunie
Le 31 mai 2025, une dizaine de militants néofascistes ont attaqué le bar le Prolé, fief des communistes locaux. Après neuf mois sans nouvelles de l’enquête, trois personnes ont été placées en garde à vue mardi, puis identifiées par les victimes avant d’être relâchées mercredi soir.
Neuf mois après, les agresseurs sont toujours en liberté et leurs victimes plus que jamais exposées. Le 31 mai 2025, en pleine feria, une dizaine de nervis d’extrême droite ont déboulé dans le bar associatif le Prolé, à Alès (Gard), en visant directement les militants communistes présents ce soir-là, dont certains ont été lourdement blessés. L’affaire a semblé enfin se débloquer ce mardi 24 février, avec le placement en garde à vue de trois personnes, âgées de 23 à 25 ans. Une confrontation a eu lieu mercredi matin au commissariat de Montpellier (Hérault) avec les victimes. Celles-ci sont formelles : les trois jeunes hommes étaient bien présents lors de l’attaque du 31 mai.
Mercredi soir, la garde à vue a été levée et les suspects – qui contestent les faits – relâchés. « Face à ces déclarations contradictoires, des points restent à vérifier par les enquêteurs, explique le procureur d’Alès, Abdelkrim Grini. Dans quelques petites semaines, je déciderai soit d’un renvoi devant un tribunal, soit d’un classement sans suite. »
La décision choque et interroge les avocats des personnes agressées. « À l’issue d’une garde à vue, la liberté est la règle et la détention provisoire l’exception, précise Me Ralph Blindauer. Mais qu’un classement soit envisagé alors qu’il nous semblait que le dossier était suffisamment fourni pour un renvoi devant le tribunal correctionnel nous interpelle. »
Disparition des premières déclarations des victimes
« Ce serait catastrophique, on ne voit pas quelles investigations supplémentaires seraient nécessaires, s’inquiète Me Sophie Mazas, également avocate des victimes. Le fait que les personnes identifiées comme étant leurs agresseurs soient relâchées à l’issue de leur confrontation est extrêmement effrayant pour les victimes car ils peuvent retrouver les plaignants. » Me Mazas rappelle que, lors de la confrontation, les suspects ont vu les victimes, certains se sont même montrés « agressifs dans leur comportement et à leur regard ». À ce propos, le procureur n’a pas répondu à nos sollicitations.
Selon nos informations, au moins deux des trois gardés à vue seraient membres du groupuscule néofasciste du Bloc montpelliérain, menacé de dissolution. Mardi, le procureur a indiqué à l’Humanité « travailler pour essayer de voir si ces personnes gravitent autour de la mouvance ultradroite », mais ne pouvait l’affirmer.
Pourtant, les éléments sont nombreux. Deux jours avant l’agression, « trois hommes sont venus au Prolé, l’un d’entre eux avait des tatouages néonazis, donc ils ont été sommés de sortir », raconte Cécile Alphon-Layre, présente lors des deux descentes. Avant de partir, les trois individus collent sur un des comptoirs du bar un autocollant du Bloc montpelliérain. Le groupuscule publie ensuite une vidéo sur sa page Instagram, avec un zoom sur l’autocollant puis un autre sur l’inscription « le Prolé ». La provocation est claire.
Extrême droite : des néonazis font le coup de force contre le Prolé d’Alès
Deux jours plus tard, le 31 mai, peu après 1 heure du matin, une dizaine d’hommes habillés en Fred Perry (marque récupérée par les radicaux d’extrême droite) déboulent dans la cour du Prolé. Quatre comptoirs y sont installés, deux gérés par le bar, l’un par une association taurine, le quatrième par les Jeunes communistes. C’est vers celui-ci qu’ils se dirigent. « L’un d’entre eux est venu me commander un verre, raconte Jean-Baptiste, cheminot. Il a posé son bras de manière à montrer ses tatouages de croix celtique et de fleur de lys à l’intérieur du bras. »
Il alerte alors ses camarades et Cécile Alphon-Layre reconnaît l’un de ceux venus quarante-huit heures plus tôt. À nouveau, il leur est demandé de partir, mais, cette fois-ci, les militants d’extrême droite commencent à frapper puis dégainent une bombe de gaz lacrymogène. Plusieurs clients et serveurs sont blessés. Jean-Baptiste est même hospitalisé : « Ils m’ont attrapé par-derrière, ceinturé. J’ai essuyé des coups de poing au visage puis, en tombant, une pluie de coups de pied dans la tête et aux côtes. »
Les militants néofascistes finissent par quitter les lieux avant l’arrivée de la police. Tout de suite, de premiers dysfonctionnements dans l’enquête apparaissent. Les policiers prennent les déclarations des personnes présentes mais, le lendemain matin, au commissariat d’Alès, pas de trace de dossier, aucune note n’est transmise à l’équipe de jour, aucune plainte n’est enregistrée.
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C’est finalement la police judiciaire de Montpellier qui sera chargée de l’enquête. Celle-ci traîne de longs mois, jusqu’à la garde à vue intervenue mardi dernier. Outre des « difficultés pour identifier les protagonistes », le procureur Abdelkrim Grini justifie cette lenteur par le fait que « d’autres faits criminels, relevant en particulier du narcotrafic, ont beaucoup mobilisé les services de police ces derniers mois ».
En clair, retrouver une dizaine de militants néofascistes violents, qui ont attaqué physiquement des personnes en raison de leurs opinions politiques, susceptibles de récidiver, n’est pas une priorité.
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