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Un drame de hockey prometteur qui échappe la rondelle en cours de route

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05.03.2026

À sa sortie en 1986, la réaction critique autour de Youngblood fut pour le moins difficile. Ce drame sportif de hockey parvint néanmoins à obtenir un succès populaire après son lancement en VHS et contribua à bâtir la notoriété de Rob Lowe, Patrick Swayze et Keanu Reeves, qui en était à son premier rôle au cinéma. 40 ans plus tard, le réalisateur canadien Hubert Davis arrive avec une relecture plus moderne du film original qui, malgré quelques paris intéressants, finit par tirer à côté du but.

Dans cette version, Dean Youngblood (Ashton James) est un espoir prometteur du hockey, mais dont la carrière est sur une pente descendante. Il rejoint les Mustangs d’Hamilton, espérant se faire remarquer par les recruteurs professionnels. Pris sous son aile par le capitaine de l’équipe (Henri Picard), Youngblood devra apprendre à composer avec ses démons intérieurs, un problème d’attitude et une relation tendue avec son entraîneur Murray Chadwick (Shawn Doyle) pour passer au prochain niveau.

Dans la version originale, si le Dean Youngblood version Rob Lowe manquait de robustesse et devait apprendre à utiliser ses poings sur la glace, c’est l’inverse pour celui de 2026. Impulsif, il perd facilement son sang-froid et jette les gants à répétition. Cette agressivité nuit à sa réputation et éclipse son indéniable talent offensif.

Cette nouvelle orientation du personnage principal est pertinente et sert bien l’intrigue. Par contre, le scénario propose d’autres pistes, encore plus intéressantes, mais qui ne débouchent sur rien de concret. C’est le cas notamment des tensions raciales entre l’afrodescendant Youngblood et ses adversaires caucasiens. Une perche tendue dès les premières minutes du film, mais rapidement écartée. Idem pour la relation pas toujours saine entre Youngblood et son père (Blair Underwood), un homme profondément bon n’arrivant pas à démontrer son amour pour son fils. Cette piste n’est aussi abordée qu’en surface. La promesse d’un récit audacieux est donc rapidement abandonnée. Bien que tous les ingrédients sont réunis pour innover, on se retrouve au final devant un drame sportif conventionnel, voire même prévisible.

Car le scénario regorge de tous les clichés du genre : la romance interdite avec la fille de l’entraîneur, le dur à cuire de l’équipe rivale faisant office de « méchant de service », la vedette blessée gravement au pire moment possible, etc. Changez les noms des personnages et vous obtenez la trame d’à peu près n’importe laquelle des neuf saisons de Lance et compte.

La réalisation s'avère aussi plutôt convenue. Les scènes de hockey sont redondantes et abusent de la technique du « on filme juste les jambes des joueurs pour cacher les doublures des acteurs ». Ceci dit, le travail des acteurs est à souligner. Henri Picard interprète avec justesse le charismatique et rassembleur Denis Sutton, complétant à merveille le solitaire et colérique Youngblood. Mais les plus touchants sont Blair Underwood et Shawn Doyle, qui amènent de l’humanité à ces deux hommes d’abord si froids et autoritaires.

Bref, malgré des propositions intéressantes et une direction d’acteur efficace, le film rate quelque peu la cible. Bien qu’on sente l’intention de montrer à l’écran un hockey plus moderne et une masculinité plus positive, le scénario finit par se perdre dans les clichés et s’autosabote. Lors d’une scène clé, l’entraîneur Chadwick déclare : « Si vous devez perdre, perdez contre la meilleure équipe. Pas contre vous-mêmes ». Malheureusement, c’est exactement ce qui est arrivé à ce Youngblood édition 2026.


© Cinoche