Oui, les maires ont encore le pouvoir de changer la ville
[Municipales 2026, 1/6] Malgré les vents contraires qui compliquent la gestion des communes, les maires savent que les marges de manœuvre existent. Nombreux sont ceux qui les ont mises à profit pour transformer leur territoire.
« Et toi, tu repars ? » Voilà la question qui a animé les villages, les villes, et les discussions informelles lors des réunions intercommunales ces derniers mois. Comme avant chaque scrutin municipal, la question de savoir si les maires sortants allaient rempiler et si d’autres candidats se présentaient a agité une partie de la classe politique et médiatique. Dès l’été 2025, une étude, menée par l’Association des maires de France (AMF) et le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), s’inquiétait des démissions des édiles. Elle indiquait ainsi que 417 maires avaient jeté l’éponge en moyenne chaque année durant le mandat 2020-2026, quasiment le double de la mandature précédente (209 par an). A quelques jours du scrutin, on peut établir que la « crise des vocations » souvent évoquée n’a pas eu lieu. Mais les difficultés de la fonction sont indiscutables.
Et elles sont de cinq sortes. La première vient…
« Et toi, tu repars ? » Voilà la question qui a animé les villages, les villes, et les discussions informelles lors des réunions intercommunales ces derniers mois. Comme avant chaque scrutin municipal, la question de savoir si les maires sortants allaient rempiler et si d’autres candidats se présentaient a agité une partie de la classe politique et médiatique.
Dès l’été 2025, une étude, menée par l’Association des maires de France (AMF) et le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), s’inquiétait des démissions des édiles. Elle indiquait ainsi que 417 maires avaient jeté l’éponge en moyenne chaque année durant le mandat 2020-2026, quasiment le double de la mandature précédente (209 par an).
A quelques jours du scrutin, on peut établir que la « crise des vocations » souvent évoquée n’a pas eu lieu. Mais les difficultés de la fonction sont indiscutables.
Et elles sont de cinq sortes. La première vient du transfert progressif de certaines missions depuis la commune vers l’intercommunalité (interco). Le dernier épisode, qui a concerné la compétence « eau et assainissement », en est un symbole.
La loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République, ou loi NOTRe, promulguée en 2015, obligeait les communes à transférer cette compétence à leur intercommunalité avant 2020. Face à la levée de boucliers de nombreux maires, ce caractère obligatoire a été abandonné – après dix ans de polémiques et de batailles – dans une loi d’avril 2025.
Au-delà de ce cas emblématique, beaucoup de maires ont un rapport contrarié avec leur établissement public de coopération intercommunale (EPCI), lui reprochant notamment son caractère plus technocratique que politique. Un défaut encore plus palpable depuis que la loi NOTRe a encouragé les communautés de communes (« com com ») à grossir en fusionnant : la France n’en comptait plus que 1 254 début 2025, contre 2 601 début 2009.
Plus de compétences, moins d’autonomie
Les communes sous pression
Ce transfert de compétences est d’autant plus mal vécu par nombre d’élus que leur autonomie fiscale a, dans le même temps, été largement réduite par l’Etat. Il a en effet supprimé plusieurs taxes sur lesquelles les maires avaient la main, comme la taxe professionnelle (2010) ou celle d’habitation (2023), et les a remplacées par d’autres sources de financement. Rien qu’entre 2020 et 2024, le produit des impôts locaux pour le bloc local (communes et intercos) est passé de 90 à 58,7 milliards d’euros, observe la Cour des comptes.
Les taxes sur lesquelles les édiles ont encore un « pouvoir de taux » ne sont plus très nombreuses : la principale est de loin la taxe foncière (43 milliards d’euros de recettes en 2024), à laquelle s’ajoutent la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (8,9 milliards), la cotisation foncière des entreprises (8), le versement mobilité (4,4), la taxe d’habitation sur les résidences secondaires (3,7) et celle sur les logements vacants (0,18).
Bien sûr, l’Etat a pris des mesures pour compenser ces pertes de recettes, notamment en accordant des fractions de TVA (taxe sur la valeur ajoutée) au bloc local. Mais le produit de ces taxes dépend de la conjoncture et reste donc incertain.
Les élus locaux ont par exemple dû s’adapter à une forte baisse des droits de mutation à titre onéreux (DMTO), ces taxes prélevées sur les transactions immobilières et souvent improprement appelées « frais de notaire ». Comme le marché immobilier s’est grippé, le produit des DMTO a baissé de 33,1 % entre 2022 et 2024. Ils n’ont rapporté que 3,4 milliards d’euros aux communes en 2024, le plus bas niveau depuis 2010.
A ces incertitudes s’ajoute le contexte austéritaire général mis en place par le gouvernement pour désendetter le pays. La dotation globale de fonctionnement (DGF), principal transfert de l’Etat aux collectivités, a nettement baissé entre 2014 et........
