Quand les cancers professionnels sortent de l’invisibilité
La non-reconnaissance des cancers professionnels reste massive. Des collectifs de chercheurs tels que le Giscope 84 ainsi que des syndicats s’emploient à briser ce mur.
C’est un fossé, un gouffre, un abîme… Alors que 435 000 nouveaux cancers sont diagnostiqués chaque année en France, l’origine professionnelle de ces pathologies est très peu reconnue : tout au plus 1 800 cas par an.
Pourtant, une enquête de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, publiée en 2024, a montré que l’exposition aux cancérogènes est fréquente : 47,4 % des travailleurs dans six pays, dont la France…
C’est un fossé, un gouffre, un abîme… Alors que 435 000 nouveaux cancers sont diagnostiqués chaque année en France, l’origine professionnelle de ces pathologies est très peu reconnue : tout au plus 1 800 cas par an.
Pourtant, une enquête de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, publiée en 2024, a montré que l’exposition aux cancérogènes est fréquente : 47,4 % des travailleurs dans six pays, dont la France, ont été exposés à au moins l’un d’entre eux dans la dernière semaine travaillée.
Mais « la plupart des patients, en majorité âgés de plus de 60 ans, ignorent à quoi ils ont été exposés, et les médecins des services hospitaliers d’oncologie n’ont pas le temps ni les moyens d’investiguer », pointe Moritz Hunsmann, codirecteur du Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle et environnementale dans le Vaucluse (Giscope 84).
Quant aux instances chargées de la reconnaissance des cancers professionnels, « elles ont des pratiques très restrictives », souligne ce chargé de recherche en sociologie du CNRS au Centre Norbert Elias. Elles se focalisent notamment sur les cancers liés à l’amiante, qui représentent trois quarts des cas reconnus.
Pour briser ce mur d’invisibilité, le Giscope 84, qui réunit des chercheurs en sciences sociales, droit, santé publique, biologie, etc., des personnels médicaux et paramédicaux, ainsi que des spécialistes de la santé au travail, s’est lancé en 2018 dans une vaste enquête sur les patients atteints d’un lymphome non hodgkinien (cancer du système immunitaire) ou d’un myélome multiple (cancer de la moelle osseuse). Deux cancers du sang en forte augmentation sur le territoire du Vaucluse, selon un médecin de l’hôpital d’Avignon, le docteur Borhane Slama, qui l’avait alerté.
Des carrières fragmentées
Le collectif vauclusien a un triple objectif : d’abord, « faire avancer la connaissance, en proposant à tous ces patients d’intégrer notre enquête, qu’ils aient été exposés ou non à des cancérogènes » ; ensuite, « accompagner ceux qui ont été exposés dans une démarche de déclaration de maladie professionnelle » ; enfin, faire de la prévention, résume Moritz Hunsmann. En prenant appui sur les travaux d’un pionnier, le Giscope 93.
Moins de bébés : est-ce si grave ?
Ce premier groupement d’intérêt scientifique, né en 2002 en Seine-Saint-Denis, a mené une enquête sur plus........
