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Dans le sud-ouest, le bois local tente de remplacer le gaz et le fioul

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16.03.2026

Entre soutien public financier, promesses d’économies et intérêt écologique, de plus en plus de communes choisissent de chauffer les bâtiments publics avec du bois. Mais certains défis restent à surmonter.

Adieu à la chaufferie fioul. Depuis 2024, Montfort-en-Chalosse, commune de 1 200 habitants située dans les Landes, chauffe trois de ses bâtiments scolaires à l’aide d’un réseau de chaleur alimenté avec des granulés bois.

Une opération à 250 000 euros, financée à 75 % par l’Ademe (Agence de la transition écologique), des aides de l’Etat, le Conseil départemental des Landes et le Syndicat d’équipement des communes des Landes. En France, produire de la chaleur à partir de bois est un usage courant : 65 % du bois récolté chaque année en France sert à produire de...

Adieu à la chaufferie fioul. Depuis 2024, Montfort-en-Chalosse, commune de 1 200 habitants située dans les Landes, chauffe trois de ses bâtiments scolaires à l’aide d’un réseau de chaleur alimenté avec des granulés bois.

Une opération à 250 000 euros, financée à 75 % par l’Ademe (Agence de la transition écologique), des aides de l’Etat, le Conseil départemental des Landes et le Syndicat d’équipement des communes des Landes. En France, produire de la chaleur à partir de bois est un usage courant : 65 % du bois récolté chaque année en France sert à produire de l’énergie, d’après Vincent Banos, géographe à l’INRAE. Et 9 fois sur 10 pour de la chaleur.

Dans le sud-ouest du pays, l’approvisionnement de la ressource est facilité par l’existence de la forêt des Landes de Gascogne, un massif boisé d’un million d’hectares. En Nouvelle-Aquitaine, on dénombrait donc, fin 2022, 410 réseaux de chaleurs en fonctionnement. Les installations sont soutenues par plus de quinze ans de politiques publiques en ce sens.

« Pour être compétitives face au fioul ou au gaz naturel, ces solutions de chaleur renouvelable ont eu besoin de financement public », détaille Julien Vermeire, chargé de mission chaleur renouvelable à l’Ademe en Gironde et Lot-et-Garonne. Sur la période 2009-2018, la production d’un mégawattheure à partir de biomasse nécessitait entre 3,2 et 3,6 euros de subvention publique, quand la même quantité d’énergie produite à partir de gaz nécessitait 1,8 euro de subvention, d’après un article de recherche de Vincent Banos.

Investissement initial élevé

Sur une facture, le prix de la biomasse bois ne représente néanmoins qu’« un tiers du coût total des réseaux de chaleur », d’après le technicien. C’est la maintenance, la gestion de l’équipement lorsqu’elle est déléguée et l’amortissement de l’investissement qui coûtent cher.

« C’est le défaut de ce qu’on promeut : ce sont des solutions avec un fort investissement de capital, poursuit Julien Vermeire. À l’inverse, l’entretien d’un chauffage au gaz coûte moins cher, mais 70 % du coût de la facture finale est liée à la molécule de gaz ». A lire Alternatives Economiques n°468 - 03/2026 Quand les maires changent la ville Découvrir

« C’est le défaut de ce qu’on promeut : ce sont des solutions avec un fort investissement de capital, poursuit Julien Vermeire. À l’inverse, l’entretien d’un chauffage au gaz coûte moins cher, mais 70 % du coût de la facture finale est liée à la molécule de gaz ».

Quand les maires changent la ville

Bien sûr, le prix du bois varie : il a par exemple connu un coup de chaud en 2022. Mais ces fluctuations sont moindres que celles du gaz et du pétrole, faisant du coût moyen « un des gros arguments pour nos solutions : les coûts sont maîtrisés à long terme car on est moins dépendants des énergies fossiles », assure le technicien.

À Montfort-en-Chalosse, la commune a investi de sa poche 62 000 euros dans l’installation du réseau de chaleur biomasse. D’un point de vue économique, Jean-Marie Darricau, le maire, n’y voit que des bénéfices : « Avec le changement des menuiseries que nous avons mené en parallèle, on a économisé 8 000 euros sur la facture de chauffage la première année. » À ce rythme, l’investissement devrait être rentable d’ici « six ou sept ans », se satisfait l’élu.

Tensions sur la ressource

À l’économie financière s’ajoute un intérêt écologique. Brûler du bois émet bien sûr du CO2, mais le carbone libéré lors de la combustion avait été capturé relativement « récemment », et il peut être capté de nouveau si les forêts sont replantées. A l’inverse, la combustion de gaz ou de fioul libère du carbone qui était piégé sous terre depuis des milliers d’années.

Par ailleurs, les émissions liées au transport sont moindres pour du bois local que pour du fioul lointain. Ce bilan carbone plutôt favorable l’est d’autant plus si la biomasse brûlée est issue de ressource de récupération (sciure, copeaux, arbres à faible valeur…).

L’enjeu est majeur, car la forêt française est sous pression. Si, au global en France, elle reste sous-exploitée au regard de sa capacité régénérative annuelle, les multiples usages du bois (construction, ameublement, emballage, papier, isolation, chauffage…) rendent la ressource de plus en plus convoitée.

Dans un contexte de changement climatique, la forêt française a de plus en plus de mal à jouer son rôle de poumon, notamment en raison d’une surmortalité des arbres. Ces dix dernières années, sa capacité à stocker du carbone a reculé de 28 %, estime l’Ademe.

Malgré sa taille, le gigantesque massif des Landes de Gascogne n’échappe pas à cette tension sur la ressource. Raison pour laquelle les organisations professionnelles locales ont alerté ces derniers mois. En juillet 2025, Anne Guivarc’h, la directrice de la Fédération des industries du bois de Nouvelle-Aquitaine, estimait dans La Tribune « qu’il n’y [aurait] pas suffisamment de bois pour tout le monde ! »

Plusieurs nouvelles usines utilisant du bois sont prévues en Nouvelle-Aquitaine dans les années à venir. Parmi elles, une, à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), doit produire des carburants aériens et routiers, à partir de bois donc. Une autre, à Garlin (Pyrénées-Atlantiques) fabriquera du bio-charbon. Enfin, une usine de pellets doit voir le jour à Hourtin (Gironde).

Le risque de déséquilibrer la ressource ne repose pas sur les petits réseaux de chaleur communaux, nuance Julien Vermeire. Avant de conclure avec une question rhétorique :

« Si on devait choisir un usage du bois dans le domaine énergétique, est-ce qu’on privilégie les biocarburants pour l’aviation ou bien pour chauffer des logements collectifs et des services publics ? »

« Si on devait choisir un usage du bois dans le domaine énergétique, est-ce qu’on privilégie les biocarburants pour l’aviation ou bien pour chauffer des logements collectifs et des services publics ? »


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