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On lit moins, on publie plus : mais pourquoi l'édition est-elle si prolifique ?

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Pour la rentrée littéraire 2026, Anaïs Massola, fondatrice de la librairie Le Rideau rouge, dans le 18e arrondissement de Paris, avait commandé par avance 40 nouveaux romans francophones. En temps de lecture, c’est considérable, mais ces titres fraîchement imprimés représentent moins de 12 % des 344 romans francophones parus cette année entre fin août et septembre, à quoi s’ajoutent 117 traductions, soit 461 au total. Or, dans sa boutique de 80 mètres carrés, les tables et présentoirs ne peuvent accueillir en majesté qu’entre 60 et 70 nouveaux titres – le reste des quelque 9 000 livres disponibles au Rideau rouge se trouve dans les étagères, moins visibles.

Sur 170 officines indépendantes, explique Renaud Lefebvre, directeur général du Syndicat national de l’édition (SNE), dans une étude commandée par son organisation et le Syndicat de la librairie française (SLF), « la moitié commande moins de 12 % des nouveautés », par manque de place et parce que certains livres n’intéressent pas leur clientèle. 

Outre ces motifs, Anaïs Massola veut aussi faire front, voire digue, face aux « vagues incessantes » de parutions. Cofondatrice en 2019 de l’Association pour l’écologie du livre, la libraire a délibérément passé moins de commandes à l’avance, explique-t-elle : elle réserve ainsi des emplacements à des livres publiés quelques mois auparavant.

C’est la « trêve des nouveautés », une sorte de grève lancée avec des collègues libraires depuis 2024 pour résister à « la croissance exponentielle des flux de nouveautés » depuis un quart de siècle. En France comme dans les autres pays européens, il se publie en effet de plus en plus d’ouvrages.

En vingt-cinq ans, le nombre de livres publiés chaque année a augmenté de 57 %, passant de 34 503 titres en 2000 à 54 206 en 2025, d’après l’étude pour le SNE et le SLF. Vu que la population n’a crû que de 14 % pendant la période, « c’est une évolution paradoxale, indique Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française, quand, en même temps, la lecture perd du terrain » dans toutes les générations et........

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