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L’inflation est-elle de retour ?

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30.03.2026

La hausse du prix du pétrole va inévitablement se répercuter sur le reste de l’économie, surtout si le conflit s’enlise. Mais le risque d’une vague d’inflation similaire à 2022 semble toutefois faible pour le moment.

La France risque-t-elle de se retrouver à court de pétrole ? Compte tenu de la géographie de nos importations, « l’approvisionnement du pays n’est pas menacé », rassure l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), dans sa note de conjoncture parue la semaine dernière. Il en est de même pour le gaz, nos principaux fournisseurs étant la Norvège, les Etats-Unis, l’Afrique du Nord et, toujours, la Russie (à hauteur de 13 % de nos importations).

Une crainte s’accentue toutefois, surtout avec le souvenir de la vague d’inflation en 2022, en partie liée à la guerre russe en Ukraine : celle de voir...

La France risque-t-elle de se retrouver à court de pétrole ? Compte tenu de la géographie de nos importations, « l’approvisionnement du pays n’est pas menacé », rassure l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), dans sa note de conjoncture parue la semaine dernière. Il en est de même pour le gaz, nos principaux fournisseurs étant la Norvège, les Etats-Unis, l’Afrique du Nord et, toujours, la Russie (à hauteur de 13 % de nos importations).

Guerre au Moyen-Orient : la France ne risque pas une rupture d’approvisionnement

Une crainte s’accentue toutefois, surtout avec le souvenir de la vague d’inflation en 2022, en partie liée à la guerre russe en Ukraine : celle de voir la prolongation du conflit au Moyen-Orient précipiter le retour d’une inflation généralisée. La hausse des prix mondiaux du pétrole et du gaz se répercute d’abord sur les prix à la pompe. Depuis quelques jours, les prix de l’essence et du gazole ont dépassé le seuil symbolique de 2 euros le litre. Puis, en raison de mécanismes de tarification différents, le gaz (deux mois après), l’électricité (avec un délai de six mois) devraient être touchés, et à terme indirectement tous les secteurs économiques qui ont recours à de l’énergie pour produire.

La guerre au Moyen-Orient impacte progressivement l’ensemble des factures énergétiques

Lecture : en février 2026, la valeur est de 130 pour les prix de l’électricité, signifiant qu’ils sont 30 % supérieurs à leur niveau moyen de 2019.

Doit-on, dès lors, s’attendre à une hausse importante des prix dans les prochains mois ? Prenant l’hypothèse d’un prix du baril qui se maintiendrait à 100 dollars, l’Insee estime que l’inflation atteindra 3 % en juin dans la zone euro (contre 1,9 % en février) et 2,2 % en France (au lieu de 1,1 %). Cette hausse devrait d’abord toucher essentiellement les secteurs énergétiques et l’aéronautique, « où le kérosène constitue une part majeure des coûts ».

L’inflation fera son retour dans les prochains mois

Cette évolution pourrait être suffisante pour faire « flancher » le pouvoir d’achat des ménages. Lesquels risquent, à court terme, de puiser dans leur épargne avant de réduire leur consommation.

Comme en 2022, les plus précaires risquent de subir une double peine

Comme en 2022, les plus précaires risquent de subir une double peine

Du moins pour ceux qui en ont la possibilité. Les plus précaires pourraient en effet, comme en 2022, subir une double peine, rappelle l’Insee dans une récente analyse des changements de gamme des Français pour leurs achats alimentaires en cas d’inflation.

Quand les maires changent la ville

Lors du précédent épisode de flambée des prix, les ménages les moins aisés ont, d’une part, subi une inflation plus élevée que la moyenne, car les produits d’entrée de gamme ont augmenté plus que les autres en proportion. Et, d’autre part, ces ménages précaires ont été dans l’impossibilité d’adapter leur consommation, puisqu’ils achetaient déjà les produits les moins chers.

Seul rayon de soleil dans ce ciel menaçant : l’inflation pourrait augmenter moins rapidement dans l’Hexagone que chez ses principaux voisins européens. D’une part, explique la Banque de France, en raison d’une moindre dépendance au gaz, renforcée cette année par la meilleure disponibilité du parc nucléaire qu’en 2022.

L’autre raison est moins enviable : elle tient au fait, explique l’Insee, que le chômage risque de continuer d’augmenter dans l’Hexagone, ce qui réduit le pouvoir de négociation des salariés pour obtenir des hausses de salaires. Et donc in fine l’inflation, en particulier dans le secteur des services, où les salaires sont un déterminant important des prix.

Comme souvent au début d’une phase d’inflation, les travailleurs payés au salaire minimum devraient en tout cas être les mieux protégés face à la hausse des prix, car le Smic est en partie indexé sur l’inflation : si le baril se maintient autour de 100 dollars, il devrait atteindre son seuil de revalorisation au mois de mai et augmenter effectivement en juillet, anticipe l’organisme statistique.

La France risque moins d’inflation que ses voisins européens

Et après ? Pour la Banque de France, qui vient de publier des prévisions à plus long terme, l’inflation devrait rester contenue à 1,7 % sur l’ensemble de l’année 2026, et à 1,4 % en 2027. Et ce, « malgré la transmission des hausses de prix du pétrole et du gaz de 2026 aux prix alimentaires et industriels, ainsi qu’aux salaires et au prix des services ». Pas de quoi imposer, pour l’instant, à la Banque centrale européenne de réagir en remontant ses taux d’intérêt.

L’ampleur du regain d’inflation dépend du pic atteint sur les marchés pétroliers et de la durée du conflit

L’ampleur du regain d’inflation dépend du pic atteint sur les marchés pétroliers et de la durée du conflit

Ces prévisions souffrent toutefois de nombreuses limites. L’ampleur du regain d’inflation dépend en effet du pic atteint sur les marchés pétroliers (le prix du baril va-t-il encore continuer de grimper ? jusqu’où ?) et de la durée du conflit, difficilement prévisible.

Dans le scénario le plus défavorable étudié par la Banque de France, l’inflation pourrait dépasser les 3 % en 2026. Si le conflit se prolonge, l’Insee estime qu’une augmentation de 40 dollars du prix du baril – soit l’équivalent de ce qui a été observé ces dernières semaines – ampute le produit intérieur brut (PIB) de 0,4 point de pourcentage chaque année.

Et si, à l’inverse, le conflit prenait fin rapidement ? La possibilité que le prix du pétrole diminue symétriquement dépend de l’ampleur des dégâts subis par les infrastructures de production et d’exportation dans le Golfe. Or, on sait d’ores et déjà qu’ils sont importants.

Le choc actuel « ne s’ajoute pas à un terrain inflationniste préexistant, comme c’était le cas en 2022 », selon la Banque de France

Le choc actuel « ne s’ajoute pas à un terrain inflationniste préexistant, comme c’était le cas en 2022 », selon la Banque de France

Un scénario similaire à celui de 2022 est-il donc à craindre ? Plusieurs facteurs sont rassurants. La Banque de France estime ainsi que le choc actuel « ne s’ajoute pas à un terrain inflationniste préexistant, comme c’était le cas en 2022, au moment de la réouverture de l’économie mondiale après la crise sanitaire ». Pour rappel, l’inflation s’élevait déjà à 4,2 % en février 2022.

« Pour les entreprises, le contexte était alors propice à des augmentations de prix, ce qui est moins le cas aujourd’hui », estime l’Insee. A l’époque en effet, la consommation était relativement dynamique postconfinement, mais les entreprises ne produisaient pas encore à plein régime, ce qui les plaçait en position de force. C’est moins le cas aujourd’hui.

Par ailleurs, ajoute la Banque de France, « la vulnérabilité de la France et de la zone euro à une rupture d’approvisionnement en gaz a été réduite, grâce notamment à de nouvelles capacités d’importation de GNL depuis les Etats-Unis, à une baisse structurelle de la demande en gaz (- 20 %) et à la hausse de la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité ».

Et le gaz en provenance du Moyen-Orient est livré par bateau sous forme liquéfié. Contrairement au gaz russe, qui était structuré autour d’oléoducs, l’origine des importations de GNL peut plus aisément être modifiée, par exemple en se tournant davantage encore vers le gaz américain.

Les plus vulnérables sous pression

Si une répétition du scénario de 2022 semble exclue à ce stade, la vigilance reste de mise. Car, estime l’Insee, « la précédente vague inflationniste a montré, côté entreprises, que les industriels et les commerçants pouvaient très rapidement transmettre la hausse du coût de leurs intrants aux prix à la consommation et, côté ménages, que ces derniers pouvaient promptement réduire la voilure de leurs dépenses ».

Plus le conflit dure, plus il risque logiquement de peser sur l’économie, en particulier sur les plus vulnérables. De quoi rappeler l’importance de réfléchir à des mécanismes de protection des plus précaires et, en amont de la chaîne économique. Et de garder un œil sur les énergéticiens et des entreprises qui réaliseraient des surprofits importants, en profitant de leurs positions dominantes pour augmenter leurs prix plus que n’ont réellement grimpé leurs coûts.


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