Solidarité internationale : quand la novlangue du politiquement correct va ...
Autrefois, les choses étaient relativement simples, trop simples peut-être. Les pays riches ou pays développés aidaient les pays pauvres ou pays à faible revenu à travers une Aide publique au développement transférée sur place. Cela s’appelait la solidarité internationale ; une sorte d’engagement éthique et moral d’une communauté internationale solidaire voulant un bien-être pour tous.
Mais parler de pays pauvres semble aujourd’hui trop brutal à certains, trop stigmatisant pour les bénéficiaires. On préfère employer le terme plus neutre de pays vulnérables à la place de pays pauvres. On préfère également utiliser le terme de lutte contre les inégalités plutôt que celui de lutte contre la pauvreté. On préfère parler de partenariats équilibrés entre partenaires placés sur un pied d’égalité.
De la même façon, le terme d’Aide publique au développement que l’on peut traduire par Aide ne semble plus totalement approprié pour décrire ces opérations. L’Aide appartiendrait à l’ancien monde. Elle marquerait un trop fort décalage entre celui qui donne, en position dominante, et celui qui reçoit, en position inférieure. Afin de rompre avec cette Aide au relents néocoloniaux, il faudrait passer à autre chose, une relation enfin équilibrée entre partenaires et non entre un donateur et un bénéficiaire. Ce terme d’Aide serait même rejeté par de nombreux pays bénéficiaires.
Afin de sortir de cette impasse et donner l’image d’un équilibre entre partenaires, certains professionnels du développement vont jusqu’à évoquer la nouvelle ère de l’investissement solidaire et durable. L’intérêt du receveur est assuré car on investit chez lui. L’intérêt du financeur est assuré car il est en droit d’attendre un retour pour lui-même de cet investissement. C’est ce que l’on pourrait appeler la voie des partenariats équilibrés entre partenaires ayant chacun des intérêts qui finalement s’équilibrent.
Reprenons donc la phrase d’autrefois - les pays riches aident les pays pauvres à travers une Aide publique au développement transférée sur le terrain - et appliquons-lui les nouveaux concepts qui collent à l’air du temps. Cela devient : les pays développés financent des partenariats équilibrés avec des pays vulnérables par l’intermédiaire de l’investissement solidaire et durable, ce qui réduit les inégalités. Mais que comprendre à cette nouvelle dialectique ? Comment définir ses contours ?
En effet, la définition de ce qu’on appelle pays vulnérables est relativement floue et porte à plusieurs interprétations. Un pays riche peut être vulnérable. Un pays du G20 peut être vulnérable. S’agit-il d’une vulnérabilité à la pauvreté ou d’une vulnérabilité à autre chose (baisse du prix des matières premières, risque géopolitique comme l’Ukraine, Taïwan ou encore le Groenland, risque politique lié à une gouvernance défaillante…) ? Cette vulnérabilité est-elle déclarée ou sa survenance fait partie du domaine du possible ? C’est une vulnérabilité choisie, faute de redistribution, ou une vulnérabilité subie ?........
