Le fardeau démographique de l’Afrique
L’Afrique est souvent décrite comme le continent de la jeunesse, du dynamisme, de l’avenir dans lequel il convient d’investir. Dans la dernière publication du groupe Agence française de développement, n’est-elle pas présentée comme pouvant obtenir de meilleurs résultats économiques que l’Asie en 2026 ?
De plus, l’Afrique est considérée comme le continent qui bénéficie potentiellement d’un dividende démographique favorable à la croissance économique et à la redistribution sociale à savoir un nombre d’actifs bien supérieur au faible nombre d’inactifs. Son croît démographique rapide ( 2,7 %/an en Afrique subsaharienne[1], soit près de 34 millions de personnes en plus chaque année) non seulement favorise la croissance mais serait presque sans conséquence sur le changement climatique car les Africains en moyenne consomment trop peu, produisent peu, transforment peu les matières premières présentes sur place. Si bien qu’on en arrive à instiller l’idée que la population, son nombre et sa croissance, n’entretiendrait aucun lien direct de cause à effet avec le changement climatique et la préservation de la biodiversité. De même, les migrations Sud Sud comme Sud Nord sont présentées comme un vecteur possible de croissance, tant elles permettraient grâce aux envois de fonds de la diaspora de financer, bien plus que l’aide publique au développement, le développement de l’Afrique.
La démographie de l’Afrique ne serait donc pas un handicap, bien au contraire, mais plutôt un atout, un véritable ressort de son décollage économique, moyennant quelques défis à relever[2]. Ce serait le continent de tous les possibles car les besoins à satisfaire sont immenses et ne cessent de croître à un rythme vertigineux comme ces villes champignons dont le nombre d’habitants est presque multiplié par deux tous les dix ans[3]. Les agences d’Aide et les banques publiques de développement surfent d’ailleurs sur l’accroissement de ces besoins à satisfaire, jamais complètement comblés, pour demander toujours plus de moyens. Afin de faire taire les oiseaux de mauvais augure qui crient au risque de surpopulation, on ajoute que l’Afrique est plutôt sous-peuplée, que de nombreuses terres sont encore disponibles pour nourrir la population, que le rythme de croissance de sa population diminue et qu’il est donc inutile de se focaliser sur cette question qui est en passe de se régler d’elle-même.
Mais ce tableau presque idyllique, dresser par de nombreux spécialistes de l’Afrique et repris par la plupart des agences et banques de développement, correspond-il à la réalité ? N’y a-t-il pas une face cachée de cette démographie africaine que nous refusons de regarder en face ? Reprenons un à un quelques éléments avancés........
