Fermeture annoncée de CFA en Haute-Marne
La logique fondatrice de la réforme de l'apprentissage décidée par la loi dite Pénicaud se fondait sur une régulation par le marché avec un financement des CFA "au contrat", induisant logiquement une concentration de l'offre sur les filières aux effectifs les plus importants et sur les territoires les plus denses.
Pour limiter cette concentration il avait été confié aux Conseils Régionaux une forme de lot de consolidation à la perte de leur compétence en matière d'apprentissage, une dotation permettant de soutenir des filières à faible effectif et des implantations dans des zones à potentiel plus faible, en particulier en milieu rural.
La conjonction d'une série de décisions de l'État réduisant sensiblement le soutien à l'apprentissage (baisse sélective de l'aide aux employeurs, assujettissement des apprentis aux cotisations salariales, suppression de l'aide au permis de conduire, baisse du niveau de prise en charge de la formation ...) et de l'importante réduction de la dotation aux Régions (voir Nouvelle mesure contre l'apprentissage, la baisse de 36 % de la dotation aux Régions pour le soutien aux CFA en zones rurales et QPV) oblige les organismes gestionnaire à revoir leur mode de fonctionnement, et à préparer la fermeture de certaines filières et de certaines implantations.
Cette tendance se manifeste avec force dans un département rural comme la Haute-Marne dans lequel, ALMÉA Formations, organisme de formation sous statut associatif, fondé et cogéré par les CCI et CMA territoriales de Champagne-Ardenne, a annoncé la fermeture de ses CFA de Chaumont et Saint-Dizier qui formaient 350 alternants dans les filières carrosserie, mécanique automobile, cuisine, pâtisserie, boulangerie, boucherie, coiffure, commerce et vente, comme l'exprime le communiqué de la direction
"L'absence durable de stratégie publique, la succession de mesures correctives prises dans l'urgence et les réductions budgétaires successives fragilisent un dispositif qui a pourtant démontré son efficacité économique et sociale. La grande majorité des institutions agissant dans le secteur de la formation sont aujourd'hui en difficulté. ALMEA n'y déroge pas. Si rien n'est fait, notre territoire connaitra une contraction historique d'une voie d'excellence plébiscitée par les jeunes, les familles et les entreprises."
L'annonce d'une fermeture dès la prochaine rentrée suscite beaucoup d'émotion locale. La mobilisation en cours réussira-t-elle à inverser la logique inscrite dans la réforme que le Cour des comptes analysait en relevant que le cadre de financement actuel fragilise le maintien de certaines formations pourtant essentielles au développement du territoire :
formations de proximité au sein de territoires enclavés : n’accueillant que de petits effectifs, elles répondent à un besoin clair pour les jeunes, notamment mineurs et les jeunes majeurs peu mobiles et pour les entreprises artisanales locales
formations peu attractives, pour lesquelles il existe de réels besoins de main-d’œuvre (industrie, construction, hôtellerie-restauration) : n’accueillant que de faibles effectifs, elles correspondent pourtant à des secteurs où il existe de nombreux postes vacants
(voir La Cour des comptes montre que la réforme de l'apprentissage aboutit à une tertiarisation, à une métropolisation et à une élévation des niveaux au lieu de répondre aux besoins en compétences)
