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L’innovation contextualisée dans le Sud

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31.01.2026

Le caractère social des développements et innovations technologiques a fait l’objet de nombreux débats. Contre l’idée des technologies autonomes, de solides contre-arguments ont été avancés, soulignant que les intérêts soutenus par le pouvoir prennent le dessus sur le choix des technologies à développer, leurs objectifs et les stratégies à suivre. L’idée générale selon laquelle les technologies sont neutres, bonnes ou mauvaises pour la société ou pour certains acteurs, selon les intentions de ceux qui les utilisent, a été contestée. Pour ne citer qu’un exemple : les formes d’automatisation conçues pour chasser les travailleurs de leurs anciens métiers dans une économie capitaliste n’ont pas inversé la tendance lorsqu’elles ont été appliquées dans un régime socialiste d’État. Si elles sont conçues pour chasser, elles chassent ! Outre l’autonomie et la neutralité, on peut discerner une troisième caractéristique attribuée à la technologie par ses partisans : l’inévitabilité ; les choses sont ce qu’elles sont parce qu’elles ne pouvaient pas être autrement. Il ne reste plus à la société qu’à accepter et à s’adapter.

Une quatrième caractéristique, presque implicite mais présente dans la manière dont les discours sur la technologie sont construits, est l’universalité. L’universalité technologique, lorsqu’elle s’applique aux méfaits réels ou potentiels de certaines technologies qui n’épargneront personne, qu’il s’agisse des peuples ou des nations, peut être considérée comme correcte. Nous faisons ici référence à l’autre facette de l’universalité technologique : lorsque des solutions ou des innovations visant à améliorer les caractéristiques socio-économiques ou à protéger l’environnement ont été conçues et mises en œuvre dans certains contextes, et qu’il est ouvertement affirmé ou implicitement accepté qu’elles permettront de résoudre les problèmes partout. Une des difficultés à contester cette hypothèse est qu’elle est correcte pour une longue liste de technologies et d’innovations : parmi celles-ci, on peut citer comme exemple paradigmatique le téléphone mobile, l’un des artefacts les plus répandus jamais créés.

La non-universalité des technologies

Il existe de nombreux exemples de non-universalité des technologies, en ce sens que les innovations qui résolvent des problèmes dans certains endroits ou pour certaines personnes ne les résolvent pas dans d’autres endroits ou pour d’autres personnes. Les raisons de cette non-universalité ne sont généralement pas absolues, ce qui signifie que ces innovations pourraient résoudre les problèmes si certaines restrictions étaient levées. Cependant, cela est loin d’être une tâche facile : les changements nécessaires pour lever ces restrictions sont extrêmement difficiles à mettre en œuvre. Parmi ceux-ci figurent le manque de ressources financières pour adopter les innovations, l’insuffisance des infrastructures nécessaires à leur déploiement, le manque de personnes compétentes capables de les maîtriser ou les différences culturelles qui peuvent conduire à leur rejet. Ils constituent autant d’obstacles à la diffusion de ces innovations. Tant que ces obstacles subsistent, il n’est pas permis de qualifier une solution ou une innovation d’universelle.........

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