Brendan Gallagher: l’héritage d’un guerrier
Aujourd’hui, un nom s’impose : Brendan Gallagher. Les partisans du Canadien ont traversé toute la gamme des émotions avec le petit guerrier de la Sainte-Flanelle.
À 5 pi 9 po, on n’attendait pas grand-chose de cet adolescent choisi au 147e rang, en cinquième ronde du repêchage de 2010. Pourtant, il venait de marquer 41 buts et 81 points avec les Giants de Vancouver, en plus d’ajouter 11 buts, 21 points et 111 minutes de pénalité en séries... à seulement 17 ans.
À ce moment-là, Pierre Gauthier, qui venait de succéder à Bob Gainey, prend la décision de le repêcher. Comme quoi il y a du bon dans tous les humains...
Quelques mois plus tard, Gauthier est remercié. Marc Bergevin arrive en 2012 et ramène Michel Therrien derrière le banc. Et c’est là que l’histoire devient fascinante.
Le lock-out qui a tout changé
À l’automne 2012, la LNH se retrouve en lock-out.
Plutôt que d’observer les joueurs du Canadien au camp d’entraînement, Bergevin et Therrien passent l’automne à faire la navette entre Montréal et Hamilton. Ils veulent évaluer les meilleurs espoirs.
Les regards se tournent vers Louis Leblanc et Jarred Tinordi... mais invariablement, leurs yeux reviennent vers le petit Gallagher, souvent le meilleur joueur sur la glace.
Si le camp avait eu lieu en septembre, Gallagher aurait joué quelques matchs préparatoires avant de retourner à Hamilton. Le sort habituel d’un choix de cinquième ronde.
Mais en décembre, lors d’un camp écourté, il apprend qu’il commencera la saison écourtée de 48 matchs avec l’équipe. Therrien le laisse de côté pour le match inaugural, puis l’insère sur un trio avec Alex Galchenyuk et Brandon Prust.
La suite appartient à l’histoire : celle d’un jeune homme qui s’impose par le courage, la ténacité... et un certain concours de circonstances.
Le meilleur contrat de Bergevin... puis la plus grande erreur
À l’été 2015, Bergevin récompense Gallagher avec un contrat de 3,75 M$ par saison pendant six ans, l’un des plus rentables de son règne, avec celui accordé à Max Pacioretty. Gallagher connaît alors des saisons de 33 et 31 buts avant que son jeu ne décline.
Attaché à son guerrier, Bergevin commet ensuite sa plus grande erreur de gestion : lui offrir un contrat de 39 M$ pour six ans, alors que Gallagher, à 29 ans, avait déjà ralenti. Mais Bergevin avait un plan : entourer Carey Price et Shea Weber pour une dernière poussée vers la Coupe Stanley.
Ce contrat pèse lourd aux yeux du public. Au Québec, c’est difficile d’être aimé quand on fait beaucoup d’argent... imaginez quand on décline devant tout le monde, 82 fois par année.
J’ai moi-même pensé que Gorton et Hughes devraient racheter son contrat. Ce n’est plus mon avis. Au mieux, une transaction avec Vancouver — là où il a joué junior — pour qu’ils absorbent sa dernière année. Sinon, aucun problème qu’il reste.
Gallagher incarne un pan entier de l’histoire récente du Canadien.
Il a adopté Montréal, sa culture, et il veut y vivre après sa retraite. Il est bien chez nous. Et il adore les partisans.
Son malheur ? La LNH a doublé de vitesse en dix ans. À mesure qu’il ralentissait, la ligue accélérait. Un Gallagher disponible au prochain repêchage ne serait peut-être même pas réclamé. Et pourtant... cela n’enlève rien à ce qu’il représente.
Des joueurs avec le CH tatoué sur le cœur, ça se respecte.
Mardi, lors de son 900e match, la foule lui a offert une ovation simple, sincère, humaine. Des milliers de personnes debout pour saluer le courage d’un petit homme venu de l’Ouest donner tout ce qu’il avait pour le Bleu-Blanc-Rouge.
Un guerrier qui, même lorsque sa mère était mourante, a insisté pour continuer le combat avec ses coéquipiers.
Cette manifestation de respect ne se retrouve pas sur le web, où pullulent les jaloux des sous-sols, cachés derrière un pseudonyme. Ceux qui ne tiendraient pas cinq secondes devant Brendan Gallagher.
