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Un traité toujours vivant : le Traité no 6, 150 ans plus tard

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23.09.2026

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Un traité toujours vivant : le Traité no 6, 150 ans plus tard

Season 5/Episode 2 – French Transcript

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IN PARTNERSHIP WITH THE GOVERNMENT OF CANADA

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En 1876, des dirigeants des Premières Nations et des représentants de la Couronne se réunissent dans les Prairies pour négocier le Traité no 6. Mais ce qui se retrouve sur papier ne raconte qu’une partie de l’histoire.

Dans cet épisode, la journaliste primée Brandi Morin revient sur les promesses faites il y a 150 ans et sur tout ce que les récits transmis de génération en génération nous apprennent au-delà du texte officiel. Puis, Beverly Asmann, descendante du chef Michel Callihoo, raconte les conséquences bien réelles de ces promesses non tenues sur sa famille et le combat que mène aujourd’hui sa communauté pour retrouver sa reconnaissance et reconstruire ce qui lui a été enlevé.

Mise à jour : Depuis l’enregistrement de cet épisode, la Michel Callihoo Nation Society indique que Services aux Autochtones Canada a terminé l’examen de sa demande officielle de reconnaissance comme bande en vertu de l’article 17 de la Loi sur les Indiens. La ministre des Services aux Autochtones a demandé à ses équipes de commencer à travailler avec la MCNS en vue d’une entente pour le rétablissement de la bande Michel.

Pour les descendants de la Nation Michel, il s’agit d’une étape importante après des générations de démarches pour obtenir cette reconnaissance. Il reste encore beaucoup de travail à faire, mais le processus entre maintenant dans une nouvelle phase de négociations avec le Canada en vue d’une éventuelle entente pour rétablir la bande.

Listen to the episode:

Angela Misri [00:00:05] Nous sommes en août 1876. Sur les rives de la rivière Saskatchewan Nord, à l’extérieur de Fort Carlton, plus de 250 tipis s’étendent dans la prairie.

Près de 2 000 personnes se sont rassemblées ici : des chefs cris des Plaines et cris des Bois, des Nakodas, aussi connus historiquement sous le nom d’Assiniboines, leurs familles, des interprètes, des employés de la Compagnie de la Baie d’Hudson et des représentants de la Couronne.

Les feux de camp brûlent, les enfants se faufilent entre les tipis et les conversations flottent dans l’air de cette fin d’été. Mais avant toute négociation, avant que quiconque ne prenne une plume, une pipe est levée. Les commissaires participent à ce qu’ils décriront plus tard comme la « danse du calumet ». Pour les Premières Nations rassemblées ici, il ne s’agit pas d’une simple formalité. Les promesses qui sont sur le point d’être faites ont pour témoins toutes les personnes présentes, ainsi que le Créateur.

Bienvenue dans Voyages dans l’histoire canadienne. Je m’appelle Angela Misri. Ce balado reçoit du financement du gouvernement du Canada et est produit par The Walrus Lab. Cet épisode souligne le 150e anniversaire du Traité no 6. Ce n’est pas le premier traité que la Couronne négocie au Canada. Au cours des cinq années précédentes, les traités nos 1 à 5 avaient déjà été signés, et la nouvelle de ces ententes s’était répandue dans les Prairies. À mesure que les bisons disparaissaient et que la famine et les maladies se propageaient, de nombreux dirigeants autochtones souhaitaient conclure leur propre traité, un traité qui, croyaient-ils, pourrait contribuer à protéger leurs peuples et à établir une relation durable avec la Couronne. Au cours des jours suivants, les deux parties ont donc négocié ce qui allait devenir le Traité no 6, une entente qui couvre plus de 300 000 kilomètres carrés de ce qui correspond aujourd’hui au centre de l’Alberta et de la Saskatchewan. Le traité écrit promet des terres de réserve, des paiements annuels, des outils agricoles, des écoles et de l’aide en période de famine. Mais ce qui a été mis par écrit ne représentait pas l’ensemble de l’entente.

Brandi Morin [00:02:28] Vous savez, quand nos dirigeants se sont assis avec la Couronne, ils n’ont pas pris la plume, tu vois, ils ont pris la pipe.

Angela Misri [00:02:36] Voici Brandi Morin. C’est une journaliste crie, française et iroquoise primée, originaire du territoire visé par le Traité no 6. Et avant de se faire connaître en racontant les histoires des autres, elle a dû donner un sens à la sienne.

Brandi Morin [00:02:49] Vous savez, j’ai grandi dans les Prairies et j’ai eu un début de vie un peu difficile. Ma famille était très brisée et dysfonctionnelle. Alors, j’ai été placée en famille d’accueil très jeune, et j’ai fait des allers-retours dans ce système jusqu’à mes 18 ans. Du côté de ma mère, ma kookum, ma grand-mère, était une survivante des pensionnats autochtones, une survivante, vous savez, du colonialisme et de tous ces déplacements forcés. Et une grande partie de la violence et du dysfonctionnement qui en ont découlé se sont ensuite répercutés sur notre famille et sur notre vie familiale.

Angela Misri Au début de sa carrière, Brandi couvrait les nouvelles locales.

Brandi Morin À l’époque, quand je travaillais pour ces tout petits médias, j’étais tellement emballée d’aller, vous savez, à la vente de livres de l’école et d’entendre ces enfants raconter leur histoire, ou d’aller rendre visite à une grand-mère qui, vous savez, faisait une tarte aux pommes. Je voulais que leurs histoires, chacune des histoires que je faisais, puissent en quelque sorte rayonner dans le monde.

Angela Misri [00:04:01] Peu à peu, elle a pris de plus en plus conscience de la façon dont les Autochtones étaient représentés dans les médias, et de la manière dont cela contribuait à perpétuer davantage le racisme et l’ignorance à l’égard de leurs communautés. Et ç’a allumé quelque chose en elle.

Brandi Morin [00:04:13] Quand j’ai commencé à interviewer des Aînés ou des jeunes, ou à aller couvrir le tannage d’une peau d’orignal ou d’autres activités culturelles, je suis tout simplement tombée complètement en amour avec tout ça. Et ma kookum me manquait tellement, parce qu’on était très proches. Et je sais que je suis passée à côté de beaucoup de ces riches traditions que notre peuple avait.

Angela Misri [00:04:40] Puis, en 2014, Brandi a proposé ce qu’elle pensait être un simple sujet sur un homme sans-abri talentueux à Edmonton. Mais c’est plutôt devenu l’histoire qui a changé sa façon de faire du journalisme.

Brandi Morin [00:04:51] Il y avait un homme des Premières Nations qui était devenu viral à Edmonton. Il s’était assis à un piano extérieur, au centre-ville d’Edmonton, que la Ville avait installé là, vous savez, pour que le public puisse l’utiliser. Et il s’est mis à jouer cette magnifique, magnifique mélodie, puis un passant l’a filmé.

Angela Misri [00:05:30] Mais si Internet connaissait sa musique, presque personne ne savait où se trouvait Ryan Arcand. Brandi a passé les trois jours suivants à le chercher dans le centre-ville d’Edmonton, dans les ruelles, les refuges pour personnes sans-abri et les rues de la ville. Le dernier jour, sa fille de huit ans l’a accompagnée.

Brandi Morin [00:05:46] Alors on est reparties, et j’ai dit « OK, je vais faire un dernier tour dans le secteur de Jasper Avenue, juste pour voir. » Alors, littéralement, vous savez, on descend Jasper Avenue en voiture et, tout à coup, j’aperçois quelqu’un qui ressemble à Ryan. Il traversait la rue au milieu d’une foule de gens. Je l’ai vu et je suis littéralement sortie de ma voiture en criant de l’autre côté de la rue « Ryan! Ryan! » J’ai réussi à attirer son attention, je lui ai fait signe de venir, puis j’ai garé ma voiture de l’autre côté de la rue et je suis allée le chercher. À partir de là, vous savez, on est allés dans un parc et on a commencé l’entrevue. Et au cours des jours suivants, j’ai appris à le connaître et à découvrir son histoire.

Angela Misri [00:06:28] L’article de Brandi sur Ryan commence ainsi « Sur le visage de Ryan Arcand sont gravées des rides qui portent les souvenirs d’une vie entière de malheurs et qui le font paraître beaucoup plus vieux que ses 43 ans. »

Brandi Morin [00:06:42] Et quand cet article a été publié, c’était l’un des textes les plus puissants que j’avais jamais écrits. Il a fini par circuler un peu partout, très largement. Et j’étais tellement, tellement inspirée.

Angela Misri [00:06:54] Brandi est restée en contact avec Ryan jusqu’à sa mort, en 2018, et à ses funérailles, elle a vu à quel point il avait pleinement retrouvé sa place parmi les siens.

Brandi Morin [00:07:02] Ils l’ont enterré dans une magnifique chemise à rubans. Ses cheveux avaient repoussé, ils lui arrivaient à peu près aux épaules. Il était sobre, du moins au moment de sa mort. Ils avaient encadré différentes photos, et il y en avait certaines de lui et moi ensemble. Et donc, une chose que je sais à propos de moi dans ce travail, c’est que oui, je savais que c’était ce que je devais faire à ce moment-là, parce que j’ai fait connaître au monde son humanité, son esprit et son âme, pour aider les gens à voir un peu qui il était. Et c’est ce que je fais dans mon travail. C’est comme ça que je l’aborde.

Angela Misri [00:07:35] Et au cours des huit années qui ont suivi la mort de Ryan, le travail de Brandi est devenu plus important que jamais.

Brandi Morin [00:07:40] Une des raisons pour lesquelles c’est si important de parler de ces traités, c’est que les gens n’ont pas reçu une éducation adéquate à leur sujet en grandissant, à l’école ou ailleurs, ici au Canada ou de façon générale. Alors, ils ne comprennent pas leur validité ni la façon dont ils s’appliquent encore aujourd’hui, sur le plan juridique, moral, spirituel.

Angela Misri [00:08:04] Brandi dit que cette incompréhension commence avec le traité lui-même et avec ce que de nombreuses nations autochtones estiment avoir réellement........

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