Une icône méconnue du marronnage : Selomoh del Castilho et le capitaine Broos
Au Suriname, les communautés marronnes, fondées par d’anciens esclaves ayant fui les plantations coloniales, incarnent une longue histoire de la résistance à l’esclavage. Réalisé vers 1862 par le photographe Selomoh del Castilho, le portait du capitaine Broos constitue l’un des rares témoignages visuels du marronnage au XIXe siècle. Paulo Antonio Paranaguá, auteur de História da America Latina em 100 fotografias (Bazar do Tempo, Rio de Janeiro, 2025 ; l’édition espagnole est prévue fin 2026), revient ici sur l’histoire de cette photographie et de sa redécouverte.
Del Castilho, héritier de la diaspora juive néerlandaise en Amérique du Sud
Selomoh del Castilho est un pionnier de la photographie du XIXe siècle, singulier à la fois par sa personnalité et par l’une de ses œuvres, qui a connu un destin inattendu au XXIe siècle.
Il est né le 20 juillet 1826 au Suriname, la Guyane néerlandaise, et est décédé le 20 juin 1914 à Paramaribo, la capitale de cette colonie. Selomoh (Salomon) était un Juif séfarade, comme l’indique l’orthographe portugaise de son patronyme. Il épousa une coreligionnaire, Hanna de Jacob Morpurgo (1838–1895). Ils eurent plusieurs enfants, certains portant des prénoms bibliques tels qu’Isaac, Élie, Esther ou Jacob.
Cette origine juive est liée à l’histoire du Brésil hollandais (1624-1654). En effet, de nombreux Juifs des Pays-Bas accompagnèrent l’aventure sud-américaine du prince Jean-Maurice de Nassau-Siegen et construisirent la synagogue de Recife, au Pernambouc (1637), la plus ancienne des Amériques. Lorsque les Portugais vainquirent et expulsèrent les Hollandais de leur colonie, ces derniers se réfugièrent plus au nord, en Guyane, dans les Caraïbes ou sur l’île de Manhattan, où ils fondèrent La Nouvelle-Amsterdam (actuelle New York).
En Guyane, certains de ces Juifs ont reproduit le modèle esclavagiste de la plantation de canne à sucre du nord-est du Brésil, dans la « Jodensavanne » (Savane juive), à 70 kilomètres de Paramaribo, sur les rives du fleuve Suriname. Les recherches archéologiques y ont découvert l’existence d’une synagogue et d’un cimetière juif datant du XVIIe siècle, avec plusieurs pierres tombales écrites en portugais, d’autres en espagnol, en hébreu ou en néerlandais.
Les pionniers juifs de la photographie aux XIXᵉ et XXᵉ siècle
Très peu de Juifs ont embrassé la photographie au XIXe siècle. À part Selomoh del Castilho, en Amérique du Sud, on ne trouve que Federico Lessmann (père et fils), au Venezuela. Même dans les pays où la communauté juive était mieux établie et présentait une plus grande diversité, il y a eu peu de photographes juifs à cette époque. Au XIXe siècle, on compte Mendel John Diness (Jérusalem), Maksymilian Fajans (Varsovie), Hermann Biouw (Hambourg), Bertha Beckmann (Leipzig), Adèle Perlmutter-Heilperin (Vienne), David Lionel Salomons (Londres), George Barron Goodman (Sydney), Shimmel Zohar et Solomon Nunes Carvalho (New York).
En revanche, la liste des photographes juifs à partir du XXe siècle est aussi vaste qu’éloquente. Elle inclut l’une des premières femmes professionnelles de la région........
