Quand boire du détergent s’apparente à un acte de résistance : au Brésil, la consommation comme marqueur politique
Au Brésil, le retrait, pour des raisons sanitaires, de produits ménagers de la marque Ypê, par ailleurs donatrice de la campagne présidentielle de Jair Bolsonaro en 2022, a déclenché de vives mobilisations politiques, révélant une polarisation qui déborde largement le champ électoral.
Les recherches en psychologie montrent que les choix de consommation servent de plus en plus à afficher une identité politique, au point de transformer des marques ordinaires en symboles idéologiques. Cette logique de boycott et de « buycott » réactif peut conduire certains consommateurs à ignorer des risques réels, faisant de la polarisation non seulement un défi démocratique, mais aussi un enjeu de santé publique.
En mai 2026, l’Agence nationale brésilienne de surveillance sanitaire (Anvisa) a ordonné le retrait de plusieurs lots de détergents et de lessive de la marque Ypê, après avoir détecté des défaillances graves dans le processus de fabrication et un risque de contamination microbiologique. Il s’agissait donc d’une décision de santé publique prise par un organisme public aux prérogatives uniquement techniques ; pourtant, cette mesure a rapidement suscité un débat politique de grande ampleur.
Des politiciens et influenceurs alignés avec l’extrême droite brésilienne, fidèle à l’ancien président Jair Bolsonaro (2018-2022, condamné en 2025 à vingt-sept ans et trois mois de prison pour la tentative de coup d’État de janvier 2022 et d’autres crimes, actuellement en résidence surveillée), ont diffusé des vidéos les montrant en train de faire la vaisselle avec ces mêmes produits. Certains les frottaient sur leur peau, se douchaient avec et allaient même jusqu’à jouer avec leurs enfants en employant ces produits ou à les ingérer.
Explication de ce comportement pour le moins surprenant : le groupe contrôlant la marque Ypê a été un important donateur de la campagne de l’ex-président en 2022, et une grande partie des partisans de Bolsonaro considèrent donc que le gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva s’est lancé dans une opération de persécution visant l’entreprise. Pourtant, l’Anvisa, répétons-le, est un organisme technique et son directeur, responsable de la procédure de suspension de l’utilisation des produits en question, a été nommé sous le gouvernement Bolsonaro.
Havaianas : les tongs du scandale
Ce n’est pas la première fois que le Brésil offre au monde ce spectacle singulier où la consommation devient un champ de bataille idéologique.
Quelques mois plus tôt, en décembre 2025, une publicité de la marque de tongs Havaianas mettant en scène l’actrice Fernanda Torres – oscarisée pour son rôle dans Ainda Estou Aqui (en français, Je........
