Dengue, Zika, chikungunya : les moustiques invasifs coûtent des milliards, la prévention reste à la traîne
Les moustiques invasifs ne constituent pas seulement une menace sanitaire : ils représentent aussi un coût économique majeur. Une étude internationale estime qu’entre 1975 et 2020, les maladies transmises par les moustiques Aedes ont engendré au moins 94,7 milliards de dollars de pertes dans le monde. Plus frappant encore, les dépenses consacrées à la prévention restent très inférieures aux coûts supportés une fois les épidémies déclarées.
Ils sont petits, à peine visibles, et pourtant leur impact économique atteint une ampleur comparable à celle de certaines crises sanitaires majeures. Les moustiques invasifs du genre Aedes – notamment Aedes albopictus (moustique tigre) et Aedes aegypti (son cousin, moins connu en Europe, le moustique de la fièvre jaune)- ne se contentent pas de troubler nos soirées estivales, ils nous transmettent les virus de la dengue, de la fièvre jaune, chikungunya ou encore Zika et, ce faisant, ils engendrent également des coûts considérables pour les systèmes de santé, les collectivités et les ménages du monde entier.
Dans une étude publiée en 2024 dans Science of The Total Environment on estime qu’entre 1975 et 2020, les coûts économiques liés à ces moustiques et aux maladies qu’ils transmettent, atteignent au minimum 94,7 milliards (en dollars de 2022). Les estimations hautes suggèrent elles un coût total supérieur à 300 milliards lorsque les séquelles à long terme sont prises en compte, soit un montant comparable au coût total de l’ouragan Katrina, l’une des catastrophes naturelles les plus coûteuses de l’histoire contemporaine, et supérieur à ceux de la catastrophe pétrolière de Deepwater Horizon en 2010 dans le golfe du Mexique.
Derrière ce chiffre impressionnant, on trouve une réalité plus préoccupante encore : cette évaluation est sans doute largement sous-estimée et, contrairement à une catastrophe ponctuelle, ces coûts s’accumulent année après année. Et surtout, elle révèle un déséquilibre majeur dans nos choix collectifs : nous dépensons beaucoup plus pour réparer les dégâts que pour prévenir les crises, environ dix fois plus.
Une expansion silencieuse, un coût croissant
Pour comprendre ces montants colossaux, il faut d’abord regarder l’expansion silencieuse des moustiques concernés.
Issus de régions tropicales, les moustiques Aedes ont étendu leur aire de répartition à un rythme soutenu. Aedes aegypti, originaire d’Afrique, est aujourd’hui présent dans une grande partie des régions tropicales et subtropicales d’Amérique, d’Asie et d’Océanie. Son aire de répartition s’est progressivement étendue sous l’effet des échanges commerciaux et de l’urbanisation.
Aedes albopictus, le moustique tigre, lui, a colonisé le monde plus tardivement, à partir des années 1970, en provenance d’Asie. Portés par la mondialisation des échanges........
