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Peut‑on réussir en politique sans charisme ? Quelques pistes de réflexion tirées de la situation outre‑Manche

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16.07.2026

En dépit de réussites factuelles (sur le temps d’attente dans les hôpitaux, la hausse du salaire minimum et la baisse de l’immigration), la perception générale des deux années que Keir Starmer a passées au poste de premier ministre est généralement mitigée. S’il est vrai qu’il a plusieurs fois changé de positions, c’est avant tout un manque de connexion émotionnelle avec ses concitoyens qui lui est reproché. La politique se réduit-elle donc à une question de charisme ? Si oui, peut-on le renforcer ou est-ce un don ? La littérature apporte une réponse intéressante.

Notre « obsession » pour les leaders politiques charismatiques semble renforcée par la montée des populismes, avec des dirigeants qui développent l’image d’hommes ou femmes fort(es), tout en mettant l’accent sur l’émotion plutôt que sur la raison. La création d’une connexion émotionnelle se trouve précisément au cœur de l’autorité charismatique que Max Weber (1864-1920) définit comme un don « du corps et de l’esprit » qui, par définition, « n’est pas accessible à tout le monde ».

Cette conception traditionnelle du charisme peut toutefois être remise en cause. Le sociologue britannique Max Atkinson (1944-2024) a identifié certaines techniques rhétoriques qui encouragent la réaction du public et permettent à l’orateur de faire preuve de charisme. Dans une veine similaire, grâce à leur analyse des interactions orateur/public, John Antonakis et ses collègues de l’université de Lausanne ont identifié 12 tactiques de leadership charismatique (Charismatic Leadership Tactics, CLT) qui peuvent être mesurées — et donc enseignées.

Nous avons combiné ces 12 tactiques en 3 domaines que nous avons ensuite appliqués à la rhétorique de Starmer pour vérifier si son manque de charisme supposé résiste à l’épreuve de l’analyse scientifique. Notre corpus est composé de ses discours annuels au congrès du parti travailliste de 2020 (année où il accède au poste de chef de cette formation) à 2025.Nos 3 domaines analytiques sont les suivants : les métaphores conceptuelles, qui influencent la façon dont on perçoit et comprend la réalité (on a par exemple l’habitude de se représenter la politique comme un conflit, d’où les expressions « bataille culturelle » ou « campagne électorale ») ; le storytelling, qui est le fait d’utiliser le récit pour véhiculer des messages et qui constitue un élément essentiel de la communication politique ; et le body language qui comprend la gestuelle, les........

© The Conversation