La fin de l’Association internationale des études québécoises : un signal inquiétant
La fermeture annoncée de l’Association internationale des études québécoises (AIEQ) ne signifie pas seulement la disparition d’une organisation parmi d’autres. Elle oblige à réfléchir aux conditions concrètes qui rendent possible la circulation internationale des savoirs sur le Québec.
Dans l’espace académique contemporain, les idées, les corpus et les débats ne circulent pas spontanément. Leur diffusion dépend d’infrastructures souvent invisibles, faites de financements, de réseaux, de dispositifs de médiation et d’acteurs capables de les faire vivre. L’AIEQ a longtemps occupé cette position d’interface, à la fois discrète et structurante. Or, l’association est aujourd’hui menacée de fermeture à la suite du retrait du financement accordé par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) du Québec, son principal soutien institutionnel.
Selon les justifications avancées par le gouvernement québécois, cette décision s’inscrirait dans une réorientation des priorités budgétaires et diplomatiques de la province, ainsi que dans une volonté de recentrer les interventions publiques sur des programmes jugés plus directement alignés avec les objectifs économiques et stratégiques du Québec.
Pour plusieurs acteurs du milieu universitaire et culturel, cette suppression de financement fragilise toutefois un instrument essentiel de diplomatie culturelle et scientifique, qui contribuait depuis près de trente ans au rayonnement international du Québec et des études québécoises.
Faire exister un objet d’étude à l’international
Créée en 1997 à l’initiative d’universitaires et d’institutions québécoises, avec le soutien du gouvernement du Québec, l’AIEQ vise à structurer et internationaliser le champ des études québécoises. Son financement repose principalement sur l’appui du gouvernement du Québec, notamment par l’intermédiaire du ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF), ainsi que sur des partenariats universitaires et scientifiques. Si le Québec constitue depuis longtemps un objet d’analyse pour les historiens, sociologues ou littéraires, sa reconnaissance internationale reste alors inégale et largement dépendante d’initiatives individuelles.
Être « québéciste », c’est souvent travailler depuis l’extérieur du Québec, que ce soit en Europe, en Amérique latine ou en Asie, sur sa littérature, son histoire, sa vie politique ou ses........
