menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

C'est le printemps, lisez ces douze romans!

45 0
19.04.2026

C'est le printemps, lisez ces douze romans!

Thomas Messias – 19 avril 2026 à 9h00

Il fait beau, pas encore trop chaud, c'est le moment idéal pour aller lire au parc ou en terrasse. Et faire vos provisions de livres pour cet été.

Temps de lecture: 13 minutes

Tout bon roman ferait-il un bon film? C'est probable, à condition bien sûr d'en confier l'adaptation aux personnes adéquates. Faire entrer plusieurs centaines de pages dans un long-métrage de deux heures nécessite pas mal de compromis. Donner corps à des personnages et des univers sans les trahir (ou alors juste un petit peu) requiert un talent monstre. L'exercice est toujours périlleux.

Si ce n'est pas (encore) dans vos habitudes, n'hésitez pas, pendant ou après la lecture d'un roman, à vous interroger sur l'identité des cinéastes et scénaristes à qui il faudrait absolument en confier l'adaptation, ainsi que le casting idéal. L'exercice est encore plus stimulant lorsqu'il est partagé avec d'autres personnes ayant lu le même livre.

Pour ce qui est de cette liste des douze romans sortis plus ou moins au printemps 2026, sachez que parmi les noms qui me sont venus, il y a: Diablo Cody, Sébastien Marnier, Rose Troche, François Ozon, Manal Issa, Vimala Pons, Mélanie Thierry, Théodore Pellerin, Sophie Thatcher, Xavier Dolan, Zita Hanrot et des tas d'autres. Et vous?

«Les Évadés du convoi 53»

«À 51 ans, Armand n'a rien d'un vieillard, il est un travailleur aguerri, un homme dans la force de l'âge. S'il manque parfois de courage, il n'en reste pas moins apte à défendre sa peau. Son refus de tenter le tout pour le tout, de suivre ses fils dans ce geste désespéré aux conséquences potentiellement tragiques, n'émane pas d'un sentiment d'infériorité, mais d'un devoir supérieur: la nécessité de se trouver auprès de sa femme quand le convoi atteindra sa destination finale. Peu importe ce qui les attend, il ne laissera pas Hélène l'affronter seule.»

«Maintenant qu'il est mort, notre seule manière de veiller sur lui est de raconter son histoire.» Au gré d'une brève introduction dont l'élégance ne sera jamais démentie, Benjamin Fogel explique pourquoi il lui a paru essentiel de relater l'évasion de treize Juifs (dont son grand-père Paul et son grand-oncle Robert), parqués avec un millier d'autres dans un train quittant le camp d'internement de Drancy en mars 1943. Transmettre cette histoire, c'est prendre soin de ceux qui l'ont vécue.

De soin, il en est largement question dans ce si beau roman: celui qu'on accorde à autrui, alors qu'il serait humain, sous l'effet de la barbarie subie, de vouloir faire cavalier seul et de ne chercher à sauver que sa propre peau. Les protagonistes de cet épisode historique dépeint avec cœur et rigueur par Benjamin Fogel nous bouleversent par leur attachement à s'occuper de l'autre, qu'il s'agisse d'un frère de sang ou d'un compagnon d'infortune. Haletant sans jamais sacrifier ses héros sur l'autel du suspense, Les Évadés du convoi 53 coupe littéralement le souffle.

«Ça m'énerve aussi que les gens disent que j'ai pas avorté parce que ma foi me l'interdisait. Déjà, j'ai pas la foi. Et j'ai pas d'avis sur l'ivégé en général, j'ai fait un choix rien que pour moi et, franchement, je suis pas si sûre que ça d'avoir pris la bonne décision.»

Avec tout le respect dû à Louise Morel, autrice (entre autres) de Comment devenir lesbienne en dix étapes et de l'une des newsletters les plus passionnantes de toute la francophonie, son dernier livre est un sacré délire. L'introduction donne le ton, nous invitant à entrer dans ce qui est présenté comme la nouvelle édition de l'Évangile selon Marie et citant pêle-mêle les écrits de Michelle Foucot, Lait Digaga et Tay-Laure Souiffte. Quelques pages plus loin, on trouvera la retranscription exhaustive de la déposition effectuée par une certaine Marie auprès d'un agent prénommé Melchior.

La lycéenne y décrit la rencontre avec un garçon indélicat (énorme euphémisme) lors d'une soirée, puis le test de grossesse positif alors qu'aucun acte sexuel pouvant déboucher sur une fécondation n'avait pourtant eu lieu. Tout cela n'est que le début: dans cette dystopie qui n'en est pas tout à fait une, il sera question d'une chaîne YouTruth et d'un leader charismatique nommé Christian-Emmanuel Macrusk… De surprise en surprise, Louise Morel bâtit un univers délirant, cohérent, queer et politique. Son plaisir d'écrire, qui se ressent à chaque instant, est délicieusement communicatif.

«Per-Olof aimait utiliser l'expression “ce truc de l'homosexualité” quand il évoquait son orientation. Comme s'il s'agissait de quelque chose d'irritant qui s'était collé à lui et qu'il n'avait pas vraiment choisi.»

En cette nuit du 29 juillet 1971, il fait étonnamment chaud à Stockholm: les dieux et déesses de la météo semblent avoir tout mis en œuvre pour que l'inauguration des nouveaux locaux du fameux club Étoile soit aussi mémorable qu'espéré. Le romancier et dramaturge Jonas Gardell ne perd pas une miette de ce........

© Slate