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De la «Fée verte» au «poison national»: pourquoi l'absinthe est-elle devenue l'ennemie numéro 1 en France?

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13.09.2026

De la «Fée verte» au «poison national»: pourquoi l'absinthe est-elle devenue l'ennemie numéro 1 en France?

Pendant des décennies, l'absinthe fut accusée de rendre fou, de provoquer l'épilepsie et de menacer l'avenir de la nation française. Une nouvelle étude montre comment la «Fée verte» est devenue un bouc émissaire… et pourquoi ce mécanisme reste d'une brûlante actualité.

Temps de lecture: 6 minutes

13 septembre 2026 à 17h55

Le puissant breuvage vert émeraude à base d'armoise, d'anis vert et de fenouil, surnommé la «Fée verte», fut longtemps célébré par la société française, des artistes, de Baudelaire à Van Gogh. Au début du XXᵉ siècle, la France consommait à elle seule plus d'absinthe que le reste du monde réuni. Pourtant, en l'espace de quelques décennies, la boisson fut interdite et qualifiée de «poison national».

Comment en est-on arrivé là ? Notre analyse, récemment publiée dans Organization Studies, s'appuie sur des archives historiques, des journaux, des publications médicales et des documents de propagande couvrant la période 1870-1915. Elle met en évidence un processus méthodique de désignation d'un bouc émissaire, qui se déploie en trois cycles successifs d'intensité croissante.

Comment l'absinthe est devenue l'ennemi public numéro 1 en France

Tout est parti de préoccupations bien réelles suscitées par cette boisson, dans un contexte marqué par un alcoolisme galopant, la défaite militaire face à la Prusse (1870) et les inquiétudes quant au déclin de la nation.

Bien que leurs travaux soient loin d'être conclusifs, certains scientifiques forgèrent le terme d'«absinthisme» pour désigner une pathologie spécifique. Selon eux, l'absinthe provoquait des symptômes qui lui étaient propres, notamment l'épilepsie et la folie.

C'est là que la dynamique devient particulièrement intéressante. Face à la montée du sentiment anti-alcool, les producteurs de boissons similaires –des apéritifs élaborés à partir d'ingrédients presque identiques, comme l'anis, le pastis ou l'anisette– prirent stratégiquement leurs distances avec l'absinthe.

Les affiches publicitaires des années 1880 opposaient explicitement des toniques «sains» à une absinthe «mortelle». Elles représentaient la mort guettant les buveurs d'absinthe, tandis que de belles femmes accompagnaient les consommateurs des produits concurrents.

Van Gogh aurait vécu des épisodes délirants à cause de sevrages alcooliques

Les producteurs de vin se joignirent eux aussi à cette offensive pour des raisons économiques. Après que le phylloxéra eut dévasté les vignobles français, ils cherchaient à reconquérir leurs parts de marché. En présentant leur combat comme une cause patriotique (le vin incarnant le........

© Slate