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Donald Trump veut utiliser l'Ukraine pour se mettre Vladimir Poutine dans la poche et éloigner la Russie de la Chine

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20.03.2026

Donald Trump veut utiliser l'Ukraine pour se mettre Vladimir Poutine dans la poche et éloigner la Russie de la Chine

Lucas Déprez-Rose – 20 mars 2026 à 20h55

Derrière le soutien affiché à Kiev, une approche plus pragmatique se dessine: réintégrer partiellement la Russie dans le jeu économique pour limiter l'influence croissante de Pékin.

Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur Politico

Cette idée a de quoi faire grincer des dents en Europe: pour le président américain, l'Ukraine n'est pas le cœur du problème, mais un levier dans une stratégie plus large. L'objectif, tel que le décrit Politico, serait de chercher un allié plus utile, la Russie. L'idée est simple sur le papier: offrir à Moscou une porte de sortie honorable dans la guerre, assortie d'allègements de sanctions et de perspectives économiques, afin de l'éloigner de l'emprise de Xi Jinping. En clair, tenter de briser l'axe Moscou‑Pékin avant qu'il ne devienne irréversible.

Dans la vision de Washington, la Chine est aujourd'hui la seule menace systémique pour la puissance américaine. En multipliant les ouvertures économiques à la Russie et en normalisant, au moins partiellement, les échanges, Donald Trump espère transformer Vladimir Poutine en partenaire pragmatique plutôt qu'en vassal économique de Pékin. C'est un pari risqué, une partie de poker diplomatique où l'Ukraine sert de mise pour une redistribution plus large des cartes de l'ordre mondial, même si la Maison-Blanche continue officiellement d'affirmer son soutien à Kiev.

D'après l'enquête de Politico, cette stratégie de renversement n'avait jamais été formulée de manière aussi explicite par des responsables américains. Un haut responsable de l'administration, cité sous couvert d'anonymat, résume la logique: trouver un «moyen de s'aligner plus étroitement avec la Russie» permettrait de créer «un équilibre des pouvoirs différent avec la Chine, ce qui pourrait être très, très bénéfique».

L'aspect financier pèse lourd dans ce calcul. Aujourd'hui, la Chine profite des sanctions occidentales pour acheter du pétrole russe, iranien et vénézuélien à prix cassés, ce que des responsables américains assimilent à une «subvention» indirecte évaluée à plus de 100 milliards de dollars par an (86,8 milliards d'euros).

En réinsérant progressivement la Russie dans certains circuits économiques, Washington espère réduire ces rabais énergétiques qui dopent l'économie chinoise. Mais cette vision se heurte à une réalité plus sombre sur le terrain: à Kiev, l'idée d'un marchandage géopolitique dans le dos de l'Ukraine est perçue comme une menace existentielle, pas comme une fine manœuvre d'équilibrage.​

Un rejet franc des États-Unis

Reste une question centrale: peut‑on vraiment décoller la Russie de la Chine? Nombre de diplomates européens et d'analystes du renseignement jugent l'objectif largement illusoire. Les deux régimes partagent une longue histoire de défiance envers l'Occident et une hostilité assumée au modèle libéral-démocratique. Un responsable ukrainien, cité par Politico, résume ainsi leur ciment commun: au‑delà des calculs, «ils détestent les États‑Unis comme symbole de la démocratie».

Pékin, de son côté, ne cache pas son intérêt à maintenir un partenariat étroit avec Moscou, qui mobilise une partie significative des moyens occidentaux sur le front européen. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a encore martelé récemment que, «dans un monde fluide et turbulent, la relation sino‑russe reste solide comme un roc face à toutes les pressions». Pour Donald Trump, l'obstacle est donc double: non seulement les liens structurels entre Moscou et Pékin, mais aussi des années de confrontation entre ces deux capitales et l'Occident.

Même au sein du camp trumpiste, la stratégie fait débat. Certains y voient une sorte de remake de la diplomatie de Henry Kissinger, qui avait joué la carte chinoise contre l'URSS dans les années 1970. D'autres redoutent que le président ne se fasse tout simplement manipuler par un Vladimir Poutine rompu à l'art de jouer sur plusieurs tableaux. Le secrétaire d'État Marco Rubio a lui-même reconnu qu'une Russie durablement réduite au rôle de «partenaire junior» de la Chine serait un mauvais scénario pour Washington, tout en admettant qu'il sera très difficile de desserrer réellement l'étreinte entre les deux puissances.

Cette tentative de réouverture vers le Kremlin révèle une hiérarchie des priorités: pour la Maison‑Blanche, la guerre en Ukraine, tout en restant un enjeu majeur, tend à être intégrée dans un affrontement plus vaste avec Pékin.

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