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Limiter l'utilisation de l'intelligence artificielle, un vœu pieux qui arrive trop tard

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21.02.2026

Limiter l'utilisation de l'intelligence artificielle, un vœu pieux qui arrive trop tard

Laurent Sagalovitsch – 20 février 2026 à 12h50 – Mis à jour le 20 février 2026 à 14h15

[BLOG You Will Never Hate Alone] Emmanuel Macron souhaite encadrer l'utilisation de l'IA, notamment en ce qui concerne la jeunesse. Salutaire décision, mais il aurait peut-être fallu y penser plus tôt, non?

Temps de lecture: 3 minutes

Les êtres humains n'apprennent jamais rien de rien, la manière dont on se saborde avec l'IA et ses multiples dérivés en est la preuve éclatante. Il est à peu près acquis que les réseaux sociaux sont une création à somme nulle, voire même résolument négative. Leur apport à la société et au débat public frôle le néant, quand ils ne servent pas à exalter les passions humaines les plus viles. Pire, par leur usage répété, ils contribuent à la détérioration de la santé mentale de la jeunesse, laquelle ne saurait s'en passer tout en lui reconnaissant un caractère hautement nocif.

Un homme averti en valant deux, on aurait pu penser que face à l'émergence de l'intelligence artificielle, aux premiers stades de son élaboration, sitôt connu l'infini de son pouvoir, on aurait pris mille précautions avant de laisser le grand public en disposer. Au lieu de quoi, avec tambour et trompette, on a vanté ses mérites sans jamais souligner ses dangers, si bien qu'en un temps record, elle s'est propagée à toutes les couches de la société devenant pour la plupart d'entre nous un outil de tous les jours.

Le fait qu'elle puisse servir de support pour détourner des images ou exposer la jeunesse à toutes sortes de dérives, de la propagation de fausses informations à l'invitation faite à l'esprit de s'en emparer pour penser à sa place, n'a jamais compté. Non, pris dans la frénésie et l'ivresse de la découverte, emporté par l'enthousiasme de ses créateurs qui la présentaient comme la septième merveille du monde, sans jamais prendre le temps de réfléchir aux conséquences de son utilisation, on l'a laissée prospérer avec une déconcertante et coupable facilité.

Or, l'intelligence artificielle est aussi nocive au genre humain que le serait l'utilisation forcenée de champignons hallucinogènes. On a donné l'opportunité à des gamins de 12 ans de se servir de chatbots sans s'imaginer qu'un jour, ces derniers finiraient par servir de substituts à leurs carences affectives. Voilà que désormais, au lieu de privilégier le lien social, des adolescents par millions entretiennent des relations d'amitié avec leur chatbot voire même en tombent amoureux.

Que des adultes éclairés se servent de l'intelligence artificielle pour augmenter leur productivité est une chose, mais qu'elle soit mise entre les mains d'une jeunesse désabusée pour tempérer ses humeurs relève d'une légèreté criminelle. Sans parler d'une mainmise sur leurs capacités cognitives qui entraînera, de facto, non seulement une dépendance totale à son égard, mais aussi une impossibilité à être vraiment au monde.

Qu'est-ce qu'une vie qui se déroule dans la virtualité d'une relation d'où le réel est exclu sinon une existence bâtie sur des illusions, d'un monde fantasmé éloigné des préoccupations du quotidien? Comment un esprit habitué dès son plus âge à recourir aux services de l'intelligence artificielle parviendra-t-il à se structurer et à affirmer une identité qui ne soit pas le fruit d'une intervention extérieure mais la sienne propre, en accord avec son tempérament et son humeur intérieure?

La légèreté avec laquelle nos élites ont laissé le champ libre à l'intelligence artificielle a été une faute morale dont nous paierons le prix pendant encore longtemps.  

Emmanuel Macron a beau jeu de demander aujourd'hui l'encadrement de son utilisation, notamment auprès du jeune public. Pourtant, ne fut-il pas l'un de ceux qui, à son avènement, en chantait les louanges au point de vouloir voir la France et l'Europe jouer un premier rôle dans sa mise en service? J'entends bien qu'il est dans ses attributions de veiller à ce que notre pays ne soit pas à la traîne dans le domaine des nouvelles technologies, mais en s'abstenant d'encadrer son champ d'application, il a laissé l'intelligence artificielle conquérir un si vaste public qu'il sera bien compliqué voire même impossible de lui imposer de nouvelles frontières.

On ne le dira jamais assez. La légèreté avec laquelle nos élites ont laissé le champ libre à l'intelligence artificielle a été une faute morale dont nous paierons le prix pendant encore longtemps. Pendant qu'il était encore temps, il était de leur devoir de l'encadrer et de restreindre son utilisation aux seuls domaines de la science et de la santé. Le langage, le champ éducatif, l'apprentissage de la pensée, la communication intérieure, tout ce qui relève du sacré et du savoir, auraient dû être préservés de son influence.

En la matière, nos élites nous ont trahis. Elles se sont laissé berner par des discours enchanteurs où l'intelligence artificielle leur a été présentée comme le nouvel Eldorado qui repousserait encore un peu plus loin les champs de la connaissance. Elles ont pensé argent, bénéfice, points de croissance, oubliant qu'un être humain sans conscience n'est rien. L'esprit n'est pas une marchandise mais notre bien le plus précieux. Il serait bon de s'en souvenir parfois. Et si possible, quand il est encore temps d'agir.

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un juif en cavale

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