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À voir (ou pas) au cinéma: «Green Line», «Marty Supreme», «Maigret et le mort amoureux»

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17.02.2026

À voir (ou pas) au cinéma: «Green Line», «Marty Supreme», «Maigret et le mort amoureux»

Jean-Michel Frodon – Édité par Émile Vaizand – 17 février 2026 à 19h55

Une guerre tragique évoquée avec sensibilité et complexité dans le film de Sylvie Ballyot fait résonner étrangement deux fictions, signées Josh Safdie et Pascal Bonitzer, et traversées de contradictions plus ou moins fécondes.

Temps de lecture: 8 minutes

«Green Line», de Sylvie Ballyot

Elle était là, petite fille en carton, figurine en robe rouge, tandis que sa voix raconte le chemin de l'école, avec les tirs de roquettes et les snipers. Elle est là, femme en robe rouge, devant la même école de Beyrouth, où elle est née quand commençait la guerre du Liban, en 1975. D'une échelle à l'autre, d'une époque à l'autre, dans un registre d'images (les figurines) à l'autre (la personne réelle), Green Line s'élance avec la même bravoure un peu inconsciente que la petite fille qui accompagnait sa grand-mère, sur la ligne de front.

La voilà, la ligne de front. C'est un bout de ficelle, plus rouge que verte. Elle parcourt non pas la ville, mais sa maquette reconstituée de bric et de broc, dans un hangar en ruine qui semble avoir juste été touché de plein fouet par un obus. Devant la maquette, Fida, la femme en robe rouge qui fut la petite écolière sous les tirs, raconte, explique.

Qui a un peu suivi l'histoire du monde des cinquante dernières années sait que la ville de Beyrouth a été divisée entre une zone Ouest et une zone Est où étaient installés chacun des deux camps. Divisée par la fameuse ligne verte que figure la ficelle. Mais quand on le voit sur la maquette, beaucoup de choses apparaissent qu'on n'a pas su, ou pas retenu, ou pas compris.

Ces choses apparaissent quand, devant certains quartiers plus précisément reconstitués, des combattants ou des civils de l'époque viennent eux aussi raconter, répondre aux questions de la femme en rouge, tandis que la petite marionnette visualise des parcours, des émotions, des souvenirs, des comportements.

Ces paroles et ces images rendent sensibles aussi les conflits à l'intérieur de chacun des deux camps et les effets du maniement des armes par des jeunes hommes qui, au fil des ans, n'avaient plus d'autre horizon. Les crimes de masse ne disparaissent pas dans cette vision au ras du bitume, à l'échelle des queues pour l'eau ou aux innombrables checkpoints tenus par des forces pas toujours identifiables.

Fida devant la maquette du quartier où elle a grandi, ravagé par les combats. | Capture d'écran Tamasa Distribution via Vimeo

Des images d'archives viennent faire écho à ce qui est raconté par l'une, Fida, et par les autres, à ce qui est stylisé par les maquettes et les marionnettes. Ces images rappellent les souffrances infinies durant les quinze années de la guerre à Beyrouth, y compris les massacres de la Quarantaine (janvier 1976), de Tel al-Zaatar (août 1976), de Sabra et Chatila (septembre 1982), y compris le jeu criminel des puissances étrangères, à commencer par Israël.

Grâce à l'hétérogénéité des ressources mobilisées par la cinéaste française Sylvie Ballyot, son film change d'échelle, de focale, de logiciel tout autant que de moyens concrets. Il écoute les anciens leaders palestiniens, les militants de diverses factions, d'anciens responsables des phalanges, répondant aujourd'hui au personnage double qu'est Fida, adulte faisant aussi entendre les questions et les angoisses de Fida........

© Slate