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À voir au cinéma: «Les Roches rouges», «Les Éléphants dans la brume», «Haute solitude», «Écrire la vie»

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22.09.2026

À voir au cinéma: «Les Roches rouges», «Les Éléphants dans la brume», «Haute solitude», «Écrire la vie»

Deux fictions, deux documentaires, quatre films passionnants signés Bruno Dumont, Abinash Bikram Shah, Laurent Veray et Claire Simon ouvrent à l'infini l'éventail des puissances du cinéma.

Temps de lecture: 10 minutes

Par Jean-Michel Frodon

22 septembre 2026 à 19h55 – Édité par Manon Michel

«Les Roches rouges», de Bruno Dumont

Ajouté en dernière minute au programme de la section parallèle Quinzaine des cinéastes au Festival de Cannes, alors qu'il aurait eu toute sa place en compétition officielle, le nouveau film de Bruno Dumont y est passé sinon inaperçu, du moins loin de l'attention qu'il mérite. Une véritable injustice pour cette splendeur en dehors de tous les repères.

Presqu'entièrement tourné dans un quartier de la côte varoise (Anthéor, sur la commune de Saint-Raphaël), Les Roches rouges est un immense film d'amour et d'aventures, plein de bruits et de fureur, de passion et d'exploits, dont tous les personnages sont des enfants de 5 ans.

Par le passé, on a déjà vu des films de fiction dans lesquels des enfants jouent des rôles d'adultes. On a vu, souvent pour le pire et parfois le meilleur (Ponette de Jacques Doillon, 1996), des enfants –même très jeunes– jouer leur propre rôle dans ce qui était pourtant une fiction. Mais jamais on a vu ainsi des tout petits gamins lancés, avec les corps et les comportements de leur âge, dans une semblable odyssée.

Trois des films récents de Bruno Dumont –P'tit Quinquin (2014), Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc (2017) et Jeanne (2019)– avaient déjà montré, dans des registres chaque fois différents, quelle richesse d'émotion et d'intelligence le cinéaste nordiste pouvait activer avec de très jeunes interprètes, lui qui a dit un jour pour expliciter son approche de metteur en scène qu'«il faut de la disproportion».

Mais, tandis que se nouent les opérations de brigandage de Géo, Manon et Rouben, l'idylle entre Géo et Ève ou encore l'affrontement avec B et Do se déploie quelque chose de tout à fait inédit. Les Roches rouges suscite un formidable épanouissement d'émotions, de pensées, de capacités à jouer avec des codes. Pour les personnages, comme pour les spectateurs (y compris adultes).

Le courage, la ruse, la tendresse et l'humour deviennent des puissances agissantes, avec une réalité sensible, sensorielle, que seul le cinéma peut capter. Il y faut un sens du temps et de la lumière, de la réalité et de l'artifice, un art très fin pour filmer les lieux, les matières, et surtout les corps et les visages, souvent de très près.

«Complètement acteurs, complètement personnages de fiction, jamais les enfants n'apparaissent instrumentalisés ou assujettis à un discours.»

Il ne s'agit pas d'accomplir un tour de force de réalisation pour lui-même, mais d'atteindre de manière jamais éprouvée des émotions, d'activer selon des formes sans précédents des ressorts dramatiques, et ainsi, aussi, d'interroger ce qui nous fait de l'effet, dans les fictions, dans les histoires d'amour et d'aventures auxquelles nous sommes habitué(e)s.

Complètement acteurs, complètement personnages de fiction, jamais les enfants n'apparaissent instrumentalisés ou assujettis à un discours. En haut du massif rocheux dominant les vagues, de part et d'autre de la grille d'une grande villa, poursuivis par la police, ces êtres humains à part entière vivent et agissent, ressentent et expriment.

Sans être absents, les mots sont ici une ressource minime, surtout pour ce héros nommé Géo, impressionnant comme John Wayne chez John Ford ou comme Jean Gabin chez Jean Renoir. Grâce à lui et aux autres garçons et filles, grâce à........

© Slate