De canicule en sécheresse, la question climatique va-t-elle enfin être prise au sérieux par la classe politique?
De canicule en sécheresse, la question climatique va-t-elle enfin être prise au sérieux par la classe politique?
Le changement climatique n'est pas –ou ne devrait pas– être une surprise: les scientifiques nous avaient prévenus depuis longtemps. Jusqu'à présent il n'a été traité que comme un problème parmi d'autres, et pas le plus important. Cet été meurtrier va-t-il faire évoluer les esprits?
Temps de lecture: 10 minutes
14 août 2026 à 6h55 – Édité par Thomas Messias
Il devient de plus en plus difficile de nier la réalité du changement climatique. Pas un Français ne peut ignorer que le pays connaît sa cinquième période de canicule depuis le début de l'année, des feux de forêt sont signalés à de multiples endroits –et pas seulement dans les régions du Sud qui y étaient traditionnellement exposées–, la sécheresse est générale et la question d'une limitation des usages de l'eau commence à se poser dans de nombreux départements.
Il n'y a pas besoin non plus d'être un observateur particulièrement attentif pour savoir que l'Europe de l'Ouest dans son ensemble est concernée: près des trois quarts de l'Angleterre se trouvent en état de sécheresse, les eaux du Rhin et du Danube sont tombées à des niveaux historiquement bas. Selon le service européen Copernicus sur les changements climatiques, la température moyenne en Europe occidentale des mois de juin et juillet a largement dépassé le précédent record; à l'échelle mondiale, la température moyenne de l'air en surface s'est élevée en juillet à 16,90 °C, soit 1,47 °C de plus que la température de référence préindustrielle estimée pour la période 1850-1900. Ces chiffres confirment que les hautes températures de l'été ne sont plus un phénomène exceptionnel, mais qu'elles tendent à se généraliser.
Une menace pour nos sociétés
Les conséquences de ce réchauffement sont visibles et vont bien au-delà d'un simple désagrément. Au menu: feux de forêt, récoltes perdues ou rendements très faibles, maisons détruites par les incendies ou fissurées par la sécheresse dans les zones argileuses –ce qui se traduit, entre autres, par une hausse des primes d'assurance–, transport fluvial perturbé, fermeture partielle ou totale de centrales nucléaires, problèmes de santé et hausse du nombres des décès… Très clairement, le changement climatique est une menace pour nos sociétés.
Sur la gravité de cette menace, les avis divergent. Des études vont jusqu'à conclure que dans les scénarios extrêmes la perte de PIB mondial par habitant pourrait aller jusqu'à 60% en 2100! D'autres, au contraire, estiment que les dégâts pourraient être minimes. Mais parmi les études les plus récentes et les mieux documentées, on peut citer celle qui a été publiée en septembre 2025 dans la revue PLOS Climate et qui conclut à une baisse du PIB mondial par habitant pouvant aller jusqu'à 24% si des efforts substantiels d'atténuation et d'adaptation ne sont pas consentis.
Faut-il pour autant céder au pessimisme et se résigner à attendre les catastrophes annoncées par les scientifiques dans leurs scénarios les plus sombres?
Très clairement, il est loin le temps où il était encore possible d'opposer économie et écologie. Les meilleurs défenseurs de la santé de notre économie et de notre niveau de vie sont aujourd'hui ceux qui poussent les gouvernants à agir à la fois pour limiter la hausse des températures –du fait de l'accumulation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Ce sont bien souvent les mêmes qui poussent nos dirigeants à adapter le comportement de chaque pays à la hausse des températures déjà enregistrée –et à celle qui aura lieu dans les prochaines années, les efforts d'atténuation ne pouvant produire leurs effets que dans la durée. Le problème est que, jusqu'à présent, même chez les pays signataires de l'accord de Paris de 2015, la lutte contre le changement climatique n'est qu'une action à mener parmi d'autres alors qu'elle devrait être l'action centrale autour de laquelle les autres s'articulent.
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