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4chan savait pour la mort de Jeffrey Epstein 38 minutes avant tout le monde, le FBI aimerait savoir comment

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27.02.2026

4chan savait pour la mort de Jeffrey Epstein 38 minutes avant tout le monde, le FBI aimerait savoir comment

François Montcorbier – 27 février 2026 à 20h55

Le 10 août 2019, un post publié sur le forum 4chan a réussi à devancer l'annonce officielle du décès du milliardaire pédocriminel, déclenchant une enquête fédérale qui n'identifiera jamais son auteur.

Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur Business Insider

Le 10 août 2019, 4chan, forum anonyme plus connu pour son porno, ses mèmes toxiques et sa complaisance pour l'ultradroite, a devancé tous les médias sur la mort de Jeffrey Epstein. À 8h16, un utilisateur poste: «Ne me demandez pas comment je le sais, mais Epstein est mort il y a une heure, pendu, d'un arrêt cardiaque. Faites une capture d'écran.» Trente‑huit minutes plus tard, le journaliste d'ABC Aaron Katersky annonçait sur Twitter (aujourd'hui X) que l'homme d'affaires accusé de trafic sexuel était mort à la prison métropolitaine de Manhattan.

Ce message de 4chan est la première trace publique du décès de Jeffrey Epstein alors qu'il était encore officiellement sous la garde du département de la Justice des États-Unis (DOJ), explique Business Insider. Les «Epstein Files» publiés par le ministère de la Justice révèlent que cette séquence a obsédé les enquêteurs fédéraux. Quatre jours après les posts, le DOJ adresse une injonction à 4chan pour obtenir les adresses IP de l'utilisateur. Le forum fournit alors quatre IP, correspondant aux quatre messages postés ce matin‑là. À partir de là, pourtant, la piste se refroidit rapidement.

Munis de ces IP, les procureurs assignent ensuite le fournisseur AT&T pour identifier les abonnés qui les ont utilisés au moment des posts. Réponse sèche de l'opérateur: «AT&T n'est pas en mesure de fournir des informations en réponse à la demande légale, car AT&T ne conserve pas de registres […] associant des comptes ou des appareils individuels à des adresses IP dynamiques sans fil», explique un employé dans un courrier versé au dossier. Autrement dit, avec des adresses IP dynamiques, la trace se perd. T‑Mobile est lui aussi sollicité, mais sa réponse n'apparaît pas dans les documents.

Plusieurs pistes sont néanmoins creusées. Dans ses messages, l'auteur anonyme répond aux questions des autres utilisateurs avec un jargon médical précis, évoquant une intubation, des perfusions et un transfert vers un service d'urgence dans le sud de Manhattan. De quoi alimenter l'idée qu'il pourrait s'agir d'un soignant ou d'un secouriste. Le FDNY, le service des pompiers de New York, affirmera que ces informations ne correspondent pas à ses propres dossiers et conclura qu'aucun de ses agents n'est en cause.

En 2020, les procureurs fédéraux de Manhattan finissent par admettre –dans une lettre issue de la procédure contre les deux surveillants accusés d'avoir falsifié leurs rondes la nuit du suicide– qu'ils n'ont jamais identifié l'auteur de 4chan. «L'auteur du message utilisait une adresse IP dynamique, et les informations obtenues n'ont donc pas permis d'identifier l'auteur du message», écrivent‑ils. Les charges contre les deux gardiens seront finalement abandonnées en 2021 et un rapport de 128 pages de l'inspection générale du DOJ sur les dysfonctionnements de la prison ne mentionnera même pas l'épisode 4chan.

Les messages anonymes ne se contentaient pas de détails médicaux, et dérapaient très vite vers la théorie du complot. Dans un post effacé depuis, mais transmis au FBI, l'utilisateur affirme par exemple qu'un van mystérieux aperçu la veille l'a convaincu qu'ils ont échangé son corps. Il s'agit d'une des premières versions de la thèse «Epstein n'est pas vraiment mort», qui se propagea ensuite dans les sphères complotistes.

Les mêmes archives montrent par ailleurs que Jeffrey Epstein n'était pas étranger à 4chan: il consultait le site, envoyait des liens à des contacts et, surtout, connaissait son fondateur, Christopher Poole, alias «moot». Ce dernier a confirmé à The Verge qu'ils se sont rencontrés une fois à déjeuner et dit «regretter profondément d'avoir jamais croisé sa route», assurant avoir une «profonde sympathie pour toutes ses victimes».

L'enquête du DOJ n'établit aucun lien concret entre cette relation et le mystérieux posteur. Mais elle dessine un arrière‑plan cohérent: celui d'un prédateur sexuel fasciné par les plateformes anonymes et l'internet underground. Qui était donc derrière ces messages? Nous ne le saurons sûrement jamais, à moins que le FBI ne continue discrètement son enquête.

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