Paris, Lyon, Marseille: la France est-elle potentiellement exposée aux missiles iraniens?
Paris, Lyon, Marseille: la France est-elle potentiellement exposée aux missiles iraniens?
Ernest Ginot – Édité par Émile Vaizand – 9 mars 2026 à 6h55
[L'Explication #260] L'Iran possède un puissant arsenal militaire, capable de frapper au-delà du Moyen-Orient. Assez pour toucher votre maison?
Temps de lecture: 3 minutes
Y a-t-il un risque qu'un missile iranien finisse sa course dans votre salon? Avec la montée des tensions au Moyen-Orient, où l'Iran envoie des missiles et des drones tous azimuts en réponse aux bombardements des États-Unis et d'Israël sur son territoire, la question se pose.
Irak, Koweït, Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Jordanie, Israël, voire Chypre et l'Azerbaïdjan: peu de pays voisins de Téhéran ont en effet échappé aux salves de missiles ou aux attaques de drones venues d'Iran. Si pour l'heure ces ripostes semblent se cantonner principalement au Moyen-Orient, l'Europe et notamment la France, qui a annoncé s'engager dans le conflit de manière défensive, peut-elle être une prochaine cible? Un missile iranien peut-il toucher Paris, Marseille ou Lyon? C'est une question de kilomètres.
Le missile Khorramshahr, aussi imprononçable qu'inquiétant
Sur le papier, l'Iran figure parmi les vingt plus grandes puissances militaires mondiales, avec notamment dans ses entrepôts quelque 80.000 drones-kamikazes et plus de 2.000 missiles balistiques. Ce sont justement ces derniers, particulièrement puissants et disposant d'une longue portée, qui nous intéressent en premier lieu.
Les spécialistes ne connaissent pas avec certitude les dessous de la capacité de l'arsenal militaire iranien. Vous vous doutez bien que certaines informations ne sont pas partagées entre puissances rivales. Et le doute quant à la force de l'ennemi est parfois un outil plus puissant que l'arme elle-même.
Avec une portée maximale théorique de 3.000 km, le Khorramshahr pourrait bien atteindre le sud-est de l'Europe, s'il est lancé depuis le nord-ouest de l'Iran.
En se basant sur ce que l'on sait et sur les informations fournies par des sources officielles iraniennes (qui pourraient donc être surestimées), l'Iran disposerait notamment de missiles Emad et Ghadr. Leur portée? Jusqu'à 2.000 kilomètres pour ces modèles. Peu ou prou comme le Shahab-3, un autre missile balistique de l'arsenal iranien, ainsi que le Sejjil. Ils emporteraient des ogives pesant aux alentours de 750 à 850 kilos. De beaux bébés.
Là n'est pourtant pas la principale menace. Les inquiétudes se tournent surtout vers le Khorramshahr: ce missile au nom imprononçable peut emporter une ogive d'environ 1.800 kilos. Sa portée? Si sa charge est réduite, elle pourrait atteindre les… 3.000 kilomètres. Suffisant pour dépasser le Moyen-Orient et atteindre l'Europe?
Pour quelques kilomètres de plus
Avec une portée maximale théorique de 3.000 kilomètres, le Khorramshahr pourrait bien atteindre, s'il est lancé depuis le nord-ouest de l'Iran, le sud-est de l'Europe. Pas toute l'Europe: les analystes citent notamment la Grèce, la Bulgarie ou la Roumanie, où se trouvent des installations militaires américaines, mais aussi potentiellement l'Allemagne et l'Italie. Et la France?
Il semblerait que la France métropolitaine échappe de (très très) peu au rayon d'action maximal des missiles Khorramshahr, si ces estimations venaient à être confirmées. Si la ville de Paris est par exemple située à environ 4.200 kilomètres de Téhéran, Lyon n'est qu'à 3.800 kilomètres et Marseille à environ 3.400 kilomètres. La Corse, elle, ne serait éloignée que d'environ 200 petits kilomètres de la zone théorique de frappe. Ouf.
Ne soufflons pas trop vite. Une autre menace existe: en plus de quelques missiles de croisière Soumar, d'une portée estimée entre 2.000 et 3.000 kilomètres, l'Iran possède, on l'a dit, de nombreux drones. Notamment des drones-kamikazes Shahed, Arash-2, Kian-2 ou Karrar, dont certains peuvent atteindre une portée allant jusqu'à 2.500 kilomètres.
Toujours trop peu pour atteindre le territoire français? Pas forcément. La zone d'action des drones est quelque peu différente: plus souples, moins coûteux, ils ne nécessitent pas d'importantes installations de lancement comme les missiles balistiques. En théorie, ils pourraient donc atteindre l'Europe par le biais de plusieurs pays intermédiaires. Mais encore faut-il passer entre les mailles du système de défense antiaérienne européen.
Les bases militaires comme cibles
Plusieurs dispositifs de défense antimissile sont déployés en Europe, notamment en Roumanie et en Allemagne, pour neutraliser de potentiels missiles balistiques menaçants. D'autant plus que le nombre de missiles iraniens capables d'atteindre de très longues distances serait, selon les analystes, relativement limité, ce qui réduit la probabilité d'une frappe massive vers l'Europe.
Cela ne veut toutefois pas dire que les intérêts européens ne sont pas menacés. Si l'escalade militaire se poursuit, et il est difficile d'imaginer pourquoi elle s'arrêterait demain, tant l'heure ne semble pas à la pacification, les cibles potentielles de plusieurs pays européens ne seraient pas leurs villes sur le Vieux Continent, mais plutôt leurs bases militaires au Moyen-Orient. Des installations ont déjà été visées ces derniers jours, poussant la France à s'engager dans le conflit de manière défensive, afin de protéger ses intérêts et ses alliés dans la région, selon le président Emmanuel Macron.
Outre des cyberattaques ou des opérations de sabotage, il existe aussi un autre levier de pression pour l'Iran face aux Européens: l'économie. Téhéran contrôle en effet le détroit d'Ormuz, un point de passage stratégique par lequel transite 20% du pétrole mondial. En déstabilisant ce passage essentiel, l'Iran pourrait provoquer une flambée des prix de l'énergie. Un véritable missile économique, qui ne compte pas les kilomètres et pourrait bien, lui, atterrir dans votre salon.
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