Procès de Carmen Enciso, l'ex-boulangère accusée d'avoir démembré son conjoint: «C'est une femme qui semble très seule»
Procès de Carmen Enciso, l'ex-boulangère accusée d'avoir démembré son conjoint: «C'est une femme qui semble très seule»
Élise Costa – Édité par Émile Vaizand – 16 juin 2026 à 6h55
[Épisode 1/3] Du 3 au 5 juin 2026 s'est tenu devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales le procès de Carmen Enciso, 62 ans, accusée d'avoir tué et démembré son conjoint, François Vigouroux, quatre ans auparavant dans la commune d'Ille-sur-Têt, près de Perpignan.
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Au matin du 3 juin 2026, la salle provisoire des assises des Pyrénées-Orientales est pleine à craquer. Le soleil abonde à travers les longues vitres. Une jurée, récusée après avoir été tirée au sort, soupire avant de se rasseoir. La main dans l'urne, la présidente sourit: «Vous finirez plus tôt ce soir, madame.» Dans le box des accusées, Carmen Enciso, 62 ans, attend. Ses cheveux roux sont attachés en queue de cheval.Comme il est de coutume, le dossier s'ouvre sur la personnalité de l'accusée.
En 1970, la famille Enciso s'installe à Saint-Paul-de-Fenouillet (Pyrénées-Orientales), petit bourg du nord du département, pris entre le massif des Corbières et le fleuve côtier de la Têt. Le père y a trouvé un travail de maçon. «J'étais l'aînée des filles, donc mes parents comptaient beaucoup sur moi», retrace Carmen Enciso à la cour. De choix, elle n'en avait pour ainsi dire aucun: son père, très autoritaire, terrifie la famille; sa mère, elle, est soumise et obéissante.
Tous les matins, avant l'école, elle marche trente minutes, aller-retour, jusqu'à la boulangerie pour acheter le pain. La maison n'a pas de chauffage central, alors «on dormait habillées, avec mes sœurs», poursuit-elle. Carmen Enciso ne comprend pas pourquoi ils ont quitté leur Andalousie natale. À l'âge de 6 ans, on ne sait pas ce qu'est le régime franquiste. Ce qu'elle sait, c'est qu'en Espagne, elle avait une grand-mère et un grand-père. Et qu'en France, les courses sont devenues sa responsabilité.
«C'est ce qui m'a donné envie de faire la pâtisserie»
À l'école, elle peine à parler le français. C'est sa «petite maîtresse» qui lui apprend tout. Carmen Enciso a oublié les dates de naissance de ses frères et sœurs, mais de la chevelure brune et du nom de son institutrice, elle s'en souvient encore. Elle veut obtenir à tout prix le certificat d'études et se répète alors: «Faut que tu réussisses, faut que tu réussisses.»
Son premier salut vient d'une voisine. Annie, «une petite mamie de 70 ans», fabrique des croquants, qu'elle vend le dimanche sur le marché. Sur le chemin du retour de l'école, Carmen, attirée par l'odeur, passe devant chez elle. Un jour, Annie lui propose: «Si tu veux, tu peux venir le mercredi après-midi, je t'apprendrai à en faire.» Les parents de Carmen l'y autorisent. Dans sa cuisine, Annie montre à Carmen comment préparer les croquants et les biscotins. Tous les mois, elle dépose une pièce de 5 francs dans la main de Carmen.
«C'est ce qui m'a donné envie de faire la pâtisserie», raconte Carmen. Ce qu'elle voulait, par-dessus tout, c'était travailler. Alors, à 15 ans, elle pousse la porte d'une boulangerie. «J'ai fait un peu de forcing, ils voulaient pas de moi…» Elle obtient son CAP, ses patrons sont contents d'elle. Un incident, toutefois, viendra mettre fin à leur relation. Un jour,........
