Un camion a transporté de l'antimatière pour la toute première fois et c'est une petite révolution
Un camion a transporté de l'antimatière pour la toute première fois et c'est une petite révolution
Clément Poursain – 25 mars 2026 à 12h00
Au CERN, une centaine d'antiprotons ont été transportés dans une capsule cryogénique blindée lors d'un trajet de plusieurs kilomètres. Une prouesse technique qui ouvre la voie à l'acheminement de ces particules vers d'autres laboratoires.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur New Scientist
C'est une première mondiale: de l'antimatière a circulé sur la route. Au cœur du campus du CERN, près de Genève, un petit convoi a transporté une cargaison pas comme les autres . Une centaine d'antiprotons, les cousins opposés des protons, ont effectué un tour de 4 kilomètres, bien sagement installés à l'arrière d'un camion spécialement conçu pour l'occasion, rapporte New Scientist.
Ce trajet de vingt minutes n'est pas un simple coup de com': il marque une étape décisive dans la mise en place d'un système de livraison d'antimatière à la demande. Pas pour vous, puisque vous n'en auriez pas grand usage dans votre salon, non: l'objectif du projet, sobrement baptisé STEP (Symmetry Tests in Experiments with Portable Antiprotons), est de permettre à des laboratoires européens d'accueillir ces particules insaisissables sans dépendre des installations ultra-sécurisées du CERN.
«Je suis très heureux que nous en soyons arrivés là, confie Christian Smorra, physicien au CERN et coordinateur du projet. C'est l'aboutissement de nombreuses années de travail, de sueur et de larmes.»
L'idée de transporter de l'antimatière semblait jusqu'ici relever de la science-fiction. Toute matière possède, en théorie, un équivalent d'antimatière: un électron a son opposé, le positron; un proton, son antiproton. Quand les deux se rencontrent, ils s'annihilent en un éclair d'énergie. C'est ce risque de destruction mutuelle qui rend le stockage et le transport de l'antimatière si périlleux.
Depuis une vingtaine d'années, le laboratoire de décélération d'antimatière du CERN –surnommé «l'usine à antimatière»– parvient à produire et conserver suffisamment d'antiprotons pour mener des expériences d'une précision inédite. Leur but: résoudre une question vertigineuse, pourquoi notre univers est-il dominé par la matière alors qu'il aurait dû contenir autant d'antimatière à l'origine?
Un petit tour et puis revient
Pour manipuler ces particules, les chercheurs doivent d'abord les ralentir à des vitesses presque nulles, en utilisant des champs magnétiques d'une puissance extrême. Mais ces mêmes champs compliquent l'étude fine des propriétés de l'antimatière, notamment ses caractéristiques magnétiques. D'où l'idée de déplacer les antiprotons vers un environnement plus silencieux, loin des interférences du site genevois.
C'est ce que permet le dispositif STEP, une sorte de capsule cryogénique blindée de champs magnétiques et refroidie à l'hélium liquide. À l'intérieur, un petit nuage d'antiprotons peut survivre bien à l'abri des vibrations et radiations extérieures. Lors du test mené début mars, 92 antiprotons sont partis de l'usine d'antimatière pour faire un petit aller-retour intact, prouvant que le concept fonctionne.
Pour Jeffrey Hangst, directeur de l'expérience ALPHA à l'Université d'Aarhus (Danemark), cette réussite ouvre une nouvelle ère: «Ce système va permettre des mesures de précision pendant des années. Il élimine un bruit de fond qui limitait jusqu'ici nos expériences.»
La prochaine étape consistera à faire voyager l'antimatière au-delà du campus, vers d'autres laboratoires d'Europe. Une perspective enthousiasmante, mais encore lointaine. Le CERN prévoit de fermer plusieurs de ses installations, dont le Grand collisionneur de hadrons, pour des travaux de modernisation jusqu'à la fin de 2028.
Et en cas d'accident, nous direz-vous? Si par malheur les antiprotons du chargement s'annihilaient d'un coup, l'énergie dégagée serait minime, à peine celle d'un crayon tombant au sol.
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