LVMH a officiellement quitté la Russie... mais détient toujours un hôtel de luxe à Saint-Pétersbourg
LVMH a officiellement quitté la Russie... mais détient toujours un hôtel de luxe à Saint-Pétersbourg
Clément Poursain – 3 mars 2026 à 12h00
Des données fiscales révèlent que des banques publiques, des groupes de défense et des structures de l'administration présidentielle ont continué à fréquenter le palace russe depuis le début du conflit.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur The Insider
Le groupe français LVMH avait promis de fermer entièrement ses activités en Russie après le lancement de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022. Pourtant, à Saint‑Pétersbourg, un symbole du luxe européen continue discrètement de tourner à plein régime sous son contrôle: le Grand Hôtel Europe. Alors que les boutiques du groupe comme Louis Vuitton, Dior ou Bulgari ont baissé le rideau, ce palace historique continue d'accueillir une clientèle d'affaires au cœur même de l'appareil d'État russe, y compris des entités visées par les sanctions européennes.
Officiellement, tout lien avec le groupe de Bernard Arnault semble avoir disparu. Les plaques au nom de Belmond –la filiale hôtelière de LVMH– ont été retirées de la façade et, en 2023, le Grand Hôtel Europe a été effacé du site du groupe. Sur le papier, l'entreprise a montré tous les signes d'une sortie ordonnée du marché russe, alignée sur le mouvement de retrait des grandes marques occidentales. Mais derrière cette discrétion soigneusement mise en scène, tout n'est pas aussi clair.
Une enquête du média russe indépendant The Insider révèle que des documents corporatifs accessibles en Russie, au Royaume‑Uni et en France montrent que Belmond contrôle toujours l'établissement. L'opérateur du palace, Europe Hotel LLC, figure parmi les centaines de filiales recensées dans le rapport annuel de LVMH, listé au même titre que les autres entités du groupe. En clair, la vitrine a été démontée, mais la maison-mère n'a jamais vraiment quitté les lieux: le Grand Hôtel Europe reste un actif géré depuis l'écosystème LVMH.
Cette continuité discrète ne concerne pas seulement la propriété des murs. Les données fiscales examinées par Reuters montrent aussi qui occupe les chambres et les salons du palace depuis le début de la guerre. Entre le deuxième trimestre 2022 et le premier trimestre 2025, l'hôtel a reçu des paiements d'entités liées au conglomérat de défense Rostec, à la compagnie maritime Sovcomflot, au géant pétrolier Rosneft, aux banques publiques Sberbank et VTB, ainsi qu'à Sovcombank, sous sanctions, ou encore à President‑Service, le tour‑opérateur officiel de l'administration présidentielle.
Une affaire qui marche
Les montants ne sont pas anecdotiques. President‑Service aurait ainsi versé environ 270.000 dollars (230.000 euros environ) sur la période, quand Sovcombank aurait payé près de 140.000 dollars (119.000 euros environ). Ces paiements coïncident avec la tenue, en 2023 et 2024, d'un grand forum annuel à Saint‑Pétersbourg –très vraisemblablement le Forum économique international de Saint‑Pétersbourg, dont le Grand Hôtel Europe est partenaire officiel. Le palace reste donc une pièce maîtresse de la logistique de prestige entourant l'élite politique et économique russe, y compris celle directement visée par les sanctions occidentales.
Loin de souffrir de la guerre, l'hôtel a vu ses affaires prospérer. D'après les documents financiers russes, son chiffre d'affaires annuel a presque doublé entre 2022 et 2024 pour atteindre 1,9 milliard de roubles, soit environ 21 millions d'euros. En 2024, le Grand Hôtel Europe a affiché un bénéfice net d'environ 5,7 millions de dollars (4,8 millions d'euros), le niveau le plus élevé depuis la publication de ces données en 2004. Ces profits ne remontent pas à Paris: ils restent cantonnés en Russie, une façon de limiter les risques juridiques et d'image, tout en continuant à exploiter un actif très rentable.
Dans les coulisses, la question d'une fermeture pure et simple de la propriété s'est pourtant posée. Selon deux sources citées par Reuters, la direction de LVMH a envisagé de tirer un trait sur l'hôtel de Saint‑Pétersbourg avant d'y renoncer. Des arguments internes évoquent la volonté de ne pas punir les employés pour les actions de leur gouvernement.
Pourtant, sur le reste de son activité russe, LVMH s'est montré nettement plus radical. Dès le début de l'invasion, le groupe a fermé ses boutiques Louis Vuitton, Dior ou Bulgari en Russie. Il est allé jusqu'à céder à perte ses magasins de cosmétiques Sephora, alors même que les produits vendus n'étaient pas directement visés par des mesures restrictives. À cela s'est ajoutée une aide financière d'au moins cinq millions d'euros destinée aux populations touchées par la guerre en Ukraine, abondamment mise en avant dans la communication du groupe.
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