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Les mystérieuses manœuvres du cargo russe «Sparta IV» intriguent l'OTAN

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21.02.2026

Les mystérieuses manœuvres du cargo russe «Sparta IV» intriguent l'OTAN

Clément Poursain – 21 février 2026 à 7h55

Depuis plusieurs semaines, ce navire multiplie les mouvements inhabituels en Méditerranée et en Atlantique, déclenchant une surveillance constante des marines européennes, sans qu'aucune explication officielle ne soit donnée sur sa mission.

Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur The Maritime Executive

Le cargo militaire russe Sparta IV joue à cache-cache avec l'OTAN. Après cinq jours à effectuer d'étranges va-et-vient à l'est de la Sardaigne, le navire se livre désormais au même ballet au large du Portugal, sous l'œil sceptique et attentif des marines européennes, sans que personne ne sache vraiment ce qu'il fabrique là. Un article de la revue The Maritime Executive fait le point sur la situation.

Depuis des années, le Sparta IV est bien identifié dans les bases de données militaires: ce cargo battant pavillon russe a été l'un des vecteurs centraux du «Syrian Express», cette noria de navires qui a permis à Moscou d'acheminer puis de rapatrier du matériel après l'effondrement du régime de Bachar el-Assad. Son profil –un cargo marchand au passé logistique très militaire– fait qu'il est aujourd'hui scruté avec attention.

Début février, au large de la Sardaigne, l'Italie avait déjà placé le navire sous surveillance rapprochée. Le Sparta IV évoluait alors en compagnie du destroyer Severomorsk et du pétrolier Kama, un trio auquel certains observateurs ajoutaient, sous la surface, un sous-marin de classe Kilo. Le tout ressemblait davantage à une petite escadre qu'à une banale rotation de cargo commercial. La présence prolongée dans la zone n'a pas été imputée à la météo, et, sans explication officielle, la formation a finalement repris sa route vers l'ouest, comme si de rien n'était.

La suite s'est jouée en Méditerranée occidentale. À l'est de Gibraltar et au large d'Alicante, le Sparta IV a recommencé à naviguer en zigzag, attirant cette fois l'attention de la marine espagnole. Madrid a dépêché le patrouilleur BAM Audaz pour aller voir ça de plus près, tandis que les radars surveillaient le respect de la distance avec les eaux territoriales: le navire est resté au-delà de la limite des 12 milles nautiques, en haute mer. Certains y ont vu un possible arrêt météo, la zone étant alors menacée par des dépressions à l'ouest du détroit.

Des manœuvres étranges

Quand le cargo a repris sa route, la configuration avait changé: le destroyer et le pétrolier auraient filé vers l'ouest, laissant place à un autre escorteur, le bâtiment de débarquement Aleksandr Otrakovsky, chargé de l'accompagner dans le passage de Gibraltar. La manœuvre a immédiatement déclenché la réponse britannique: depuis la base navale du rocher, la Royal Navy a envoyé le patrouilleur HMS Cutlass pour suivre le convoi, pendant qu'un avion de patrouille maritime français tournait au-dessus de la zone. Entre-temps, le Sparta IV avait disparu des écrans pendant quelques jours, son transpondeur AIS éteint, avant de le rallumer juste avant l'entrée dans le détroit.

C'est au nord du passage que le scénario est devenu véritablement intrigant. Remontant le long de la péninsule Ibérique, le navire s'est arrêté au large de Lisbonne, puis s'est mis à faire des allers-retours à l'ouest des grands couloirs de navigation, comme s'il cherchait à rester en marge du trafic commercial régulier. Alertée par la presse nationale, la marine portugaise a confirmé surveiller le bâtiment, qui, selon ses informations, stationne depuis le 15 février dans des zones où la profondeur dépasse les 3.000 mètres, actuellement au large de Nazaré.

Officiellement, le Sparta IV se dirige vers Kaliningrad, l'enclave russe sur la Baltique, avec une arrivée estimée au 27 février. Un itinéraire plausible, mais qui n'éclaire en rien ces haltes prolongées, ces séquences fantômes sans signal AIS, ni ces longues trajectoires parallèles aux côtes, juste au bord des routes maritimes. D'où l'avalanche d'hypothèses plus ou moins étayées: avarie mécanique difficile à réparer en mer, attente de meilleures fenêtres météo, mission d'espionnage, cartographie des fonds, voire repérage de câbles sous-marins dans des secteurs sensibles.

Sur ces câbles en particulier, les spéculations vont bon train. La Russie est régulièrement soupçonnée d'un intérêt marqué pour ces infrastructures, à la fois artères de l'internet mondial et cibles potentielles en cas de confrontation. Le fait que le cargo évolue à la lisière de zones profondes, en marge des grandes lignes de commerce, renforce l'idée d'une mission de collecte d'informations ou de tests techniques, même si rien ne permet, à ce stade, d'en apporter la preuve.

Les autorités, elles, se gardent bien de trop en faire sur le sujet. La marine portugaise se contente de rappeler qu'elle poursuivra sa surveillance «jusqu'à la sortie du navire de la zone», en rappelant que le Sparta IV est classé comme navire marchand et qu'aucune violation des eaux territoriales n'a été constatée. De son côté, Lisbonne souligne que, rien qu'en 2024, 69 bâtiments russes ont fait l'objet d'un suivi au large du Portugal, et plus d'une centaine ces dernières années, signe que ce type de tête-à-tête silencieux fait désormais partie du quotidien stratégique de la façade atlantique européenne.

Pour l'instant, les marines de l'OTAN semblent avoir choisi une ligne neutre: ne pas dramatiser, ne pas banaliser non plus et suivre patiemment ce cargo. Ses manœuvres étranges en disent cependant déjà beaucoup sur le climat de méfiance installé entre Moscou et ses voisins.

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