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L'Ukraine développe des mines d'un nouveau genre pour contrer les assauts russes

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18.02.2026

L'Ukraine développe des mines d'un nouveau genre pour contrer les assauts russes

Clément Poursain – 18 février 2026 à 12h00

L'abandon progressif des attaques mécanisées par Moscou a conduit Kiev à développer des dispositifs plus légers, mieux adaptés aux véhicules faiblement protégés utilisés sur le front.

Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur Forbes

L'armée ukrainienne vient de dévoiler une nouvelle génération de mines terrestres, spécialement conçues pour répondre à la dernière évolution des tactiques russes: des assauts menés non plus par des colonnes de blindés, mais par de petites unités qui foncent en motos, quads et buggies sur les lignes défensives ukrainiennes. Derrière cet objet apparemment low-tech se joue en réalité l'un des fronts les plus décisifs de la guerre: celui de l'adaptation quotidienne au matériel et aux tactiques ennemies.

Depuis l'été 2025, les pertes infligées par les drones ukrainiens aux blindés russes ont poussé Moscou à abandonner les grandes attaques mécanisées au profit de raids de petite taille, rapides, très mobiles, menés à bord de véhicules légers. Le ministère russe de la Défense affirme avoir déployé quelque 38.000 motos, quads et buggies sur le front en 2025, avec l'intention d'en envoyer encore davantage en 2026, misant sur la vitesse, la dispersion et une signature thermique réduite pour échapper aux capteurs et aux munitions téléopérées ukrainiennes.

Cet allègement des véhicules d'assaut russes a toutefois un corollaire: il réduit l'efficacité des mines antichars soviétiques classiques dont l'Ukraine dispose en abondance, comme la TM-62, conçue pour faire exploser un blindé en déclenchant environ 7,5 kilos d'explosif sous ses chenilles. Ces engins massifs, optimisés pour des blindés lourds, sont non seulement peu sensibles à la pression minimale exercée par des véhicules légers, mais ils représentent aussi un gaspillage de puissance de feu. Ils sont par ailleurs assez faciles à repérer pour un motard ou un pilote de buggy.​

Face à ce décalage, Kiev a donc planché sur une mine antivéhicule de bien plus petite taille, spécifiquement pensée pour ces engins rapides et peu protégés. Selon des images et descriptions diffusées sur Telegram, le dispositif embarque environ 150 grammes d'explosif et adopte une configuration «explosion-fragmentation» avec des éléments de frappe préformés, non pas pour pulvériser un char, mais pour immobiliser un quad ou une moto en détruisant ses points vitaux tout en générant des éclats létaux pour les occupants, résume un article de Forbes.​

Larguées par dizaines depuis des drones

Sur le plan technologique, la mine se distingue par la variété des dispositifs de mise à feu qu'elle peut accueillir. Elle serait compatible avec des fusibles électroniques à influence magnétique dotés de capteurs de mouvement capables de déclencher la détonation à l'approche d'une masse métallique légère, mais pourrait aussi être commandée à distance ou équipée d'un simple détonateur à pression, en fonction du terrain, de la mission et des moyens disponibles.​

Comme les petites mines antipersonnel «Aikos» développées récemment par l'Ukraine, ce nouvel engin est pensé dès l'origine pour être déployé par drone. Là où de plus grandes mines nécessitent des drones «bombardiers» dédiés, le format réduit permet désormais à de petits drones FPV d'en déposer une, tandis que des appareils plus lourds peuvent en larguer plusieurs en un seul vol, piégeant très rapidement et de manière dense un axe d'approche ennemi. Ces mines peuvent aussi être placées à la main ou par des robots terrestres, ce qui multiplie les options d'emploi.

Pour être réellement décisive, une arme de ce type doit pouvoir être produite en masse –et c'est là que l'aspect industriel du projet devient central. Le modèle ukrainien assume une philosophie low-cost: corps de mine imprimés en 3D, pièces interchangeables, compatibilité avec différents types de fusibles, autant d'éléments qui permettent une fabrication rapide et décentralisée, avec des matériaux disponibles localement, sans dépendre de chaînes logistiques complexes ni d'installations lourdes.

Sur le terrain, ces mines viennent renforcer les kill zones que Kiev a construites devant ses lignes, des bandes de 15 kilomètres de profondeur où tout ce qui bouge –homme ou machine– est a priori pris pour cible par les drones. Jusqu'ici, les unités russes s'appuyaient sur la reconnaissance par drone pour repérer les itinéraires les moins risqués avant un assaut; désormais, dès que les Ukrainiens détectent une concentration de véhicules, ils peuvent envoyer leurs drones semer ces mines sur les axes probables de progression.

La destruction des véhicules ennemis n'est pas le seul objectif de cette nouvelle tactique qui revêt aussi un aspect psychologique. La perspective de mines fraîchement larguées depuis le ciel contraint les assaillants russes à ralentir, à hésiter, à consacrer davantage de temps et de moyens à vérifier leurs trajectoires, ce qui les expose d'autant plus longtemps à l'artillerie et aux drones ukrainiens, tout en renforçant la réputation des kill zones, ces couloirs de mort dont il vaut mieux se tenir éloigné.

Côté russe, la marge de manœuvre pour répondre à cette innovation est faible: revenir aux assauts blindés signifierait s'exposer à nouveau de plein fouet aux drones kamikazes, et lancer des vagues d'infanterie entièrement à pied sur plusieurs kilomètres de terrain ouvert –ce qui a été longtemps privilégié par Moscou, au prix de pertes très sévères– les rendrait trop vulnérables et trop lents. La Russie pourrait miser davantage sur des robots terrestres chargés de faire exploser les mines ou de porter des systèmes de guerre électronique contre les drones, mais ces solutions sont coûteuses et ne font que confirmer une réalité stratégique: plus l'Ukraine densifie et adapte ses obstacles, plus elle fige le front et englue l'armée russe.

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