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3.300 milliards d'euros: l'évasion fiscale des ultrariches se porte bien, merci de demander

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3.300 milliards d'euros: l'évasion fiscale des ultrariches se porte bien, merci de demander

Clément Poursain – 6 avril 2026 à 8h25

Malgré les progrès en matière de transparence financière, des milliers de milliards d'euros échappent encore aux États. Oxfam alerte sur une évasion fiscale qui alimente les inégalités et fragilise les démocraties.

Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur The Guardian

Selon Oxfam, les ultrariches du monde cacheraient jusqu'à 3.550 milliards de dollars (environ 3.280 milliards d'euros) au fisc, via des montages offshore et des failles juridiques. L'ONG profite de ce nouveau chiffrage pour relancer l'idée d'un impôt sur la fortune mondiale et appeler les gouvernements à fermer en urgence les niches et paradis fiscaux qui permettent à ces patrimoines d'échapper à toute contribution.

En s'appuyant sur les travaux d'économistes comme Gabriel Zucman et ceux de l'Observatoire européen de la fiscalité, Oxfam estime que la richesse totale détenue dans des juridictions offshore a atteint 13.250 milliards de dollars (environ 12.250 milliards d'euros) en 2023, dernière année pour laquelle des données sont disponibles. La part de ces avoirs dissimulée aux autorités fiscales a nettement diminué depuis l'instauration, en 2016, d'un système d'échange automatique d'informations entre pays, mais l'ONG calcule qu'environ 3.550 milliards de dollars restent invisibles pour les administrations, soit plus de 3% du PIB mondial, résume un article du Guardian.

Les travaux antérieurs cités par Oxfam suggèrent qu'environ 80% de cette richesse cachée –soit plus de 2.840 milliards de dollars (près de 2.620 milliards d'euros)– appartiendrait aux 0,1% des ménages les plus riches de la planète. Autrement dit, une poignée de contribuables détient, à l'abri de l'impôt, l'équivalent de la richesse totale de la moitié la plus pauvre de l'humanité. L'organisation publie ces chiffres à l'occasion des dix ans des «Panama Papers», l'enquête qui avait dévoilé le fonctionnement interne de nombreux paradis fiscaux.

«Ce n'est pas seulement une question de comptabilité créative, c'est une question de pouvoir et d'impunité, résume Christian Hallum, responsable des questions fiscales à Oxfam. Quand millionnaires et milliardaires mettent des milliers de milliards de dollars dans des paradis fiscaux, ils se placent au‑dessus des obligations qui s'imposent au reste de la société.» Pour l'ONG, cette concentration de richesse hors d'atteinte des États nourrit les inégalités et fragilise la légitimité démocratique.

Mieux intégrer les pays du Sud

Oxfam s'inscrit dans une campagne internationale en faveur d'un impôt progressif sur la fortune, discuté notamment dans le cadre des négociations à l'ONU sur une nouvelle architecture de coopération fiscale. L'ONG demande aussi que les pays du Sud soient pleinement intégrés au Common Reporting Standard, le mécanisme d'échange automatique d'informations financières entre juridictions, dont ils ont longtemps été exclus. Il semble en effet incohérent de réclamer des efforts budgétaires à ces États tout en les privant d'outils pour lutter efficacement contre l'évasion fiscale de leurs élites.

Au Royaume‑Uni, Oxfam appelle le Parti travailliste au pouvoir à franchir un cap supplémentaire en instaurant un véritable impôt sur la fortune. La chancelière de l'Échiquier (ministre britannique chargée des Finances et du Trésor), Rachel Reeves, a déjà relevé le taux d'imposition des plus‑values (prélèvements lors de la vente d'actifs) et annoncé une surtaxe de council tax sur les biens immobiliers de plus de 2 millions de livres (environ 2,34 millions d'euros). Elle a aussi prolongé les réformes engagées par son prédécesseur conservateur Jeremy Hunt en supprimant un statut qui permettait à certains résidents nés à l'étranger d'échapper en partie à l'impôt britannique.

Tous les experts ne sont pas convaincus par l'idée d'un nouvel impôt spécifique. Le très influent Institute for Fiscal Studies (IFS) estime qu'il vaudrait mieux réformer en profondeur les impôts existants sur le patrimoine, comme la council tax ou la taxation des plus‑values, plutôt que de créer un impôt sur la fortune de plus. Selon le groupe de réflexion, une meilleure évaluation des biens immobiliers, une réduction des niches et une harmonisation des taux seraient plus efficaces et plus difficiles à contourner qu'un dispositif entièrement nouveau.

La difficulté commence toutefois bien en amont: il faut savoir qui taxer. Un rapport du comité des comptes publics de la Chambre des communes a récemment épinglé l'administration fiscale britannique (HMRC) pour son incapacité à recenser de manière fiable le nombre de milliardaires résidant au Royaume‑Uni. Un aveu gênant, au moment où Oxfam et d'autres ONG rappellent que la fortune des milliardaires a progressé beaucoup plus vite que le reste de l'économie ces dernières années, atteignant des sommets historiques.

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