États-Unis: la mort de Charlie Kirk a déclenché une guerre de succession à l'extrême droite, Candace Owens s'en mêle
États-Unis: la mort de Charlie Kirk a déclenché une guerre de succession à l'extrême droite, Candace Owens s'en mêle
Clément Poursain – 28 février 2026 à 11h55
Avec une série vidéo visant Erika Kirk, nouvelle patronne de Turning Point USA, l'influenceuse complotiste s'en prend frontalement à l'«establishment» conservateur qui l'a longtemps portée, au risque d'aggraver les fractures internes du camp MAGA.
Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur The Washington Post
Candace Owens a trouvé une nouvelle cible: non plus la gauche ou les élites «woke», mais le cœur même du mouvement conservateur qui l'a faite star. Mercredi 25 février au soir, l'influenceuse complotiste de droite a mis en ligne le premier épisode d'une série vidéo consacrée à Erika Kirk, veuve de Charlie Kirk et nouvelle patronne de Turning Point USA, l'organisation fondée par feu son mari. Candace Owens promet d'y dévoiler des «secrets» sur le passé d'Erika et sa légitimité à diriger l'un des plus puissants organismes conservateurs du pays –même si, comme à son habitude, ce premier volet reste avare en accusations concrètes, analyse le Washington Post.
Candace Owens règle en fait ses comptes avec un establishment conservateur qui l'avait, à l'origine, adoubée comme jeune femme noire prête à pourfendre «Black Lives Matter» et #MeToo. Sous le premier mandat de Donald Trump, elle était directrice de la communication de Turning Point et l'une de ses soutiens les plus en vue. Aujourd'hui, elle attise les fractures au sein de la base MAGA, encore traumatisée par l'assassinat spectaculaire de Charlie Kirk en septembre 2025, en s'en prenant à une veuve érigée en héroïne par la droite –jusqu'au président lui‑même.
Mardi 24 février, Donald Trump avait invité Erika Kirk à son discours sur l'état de l'Union et lui a demandé de se lever, la saluant pour l'héritage de son mari, présenté comme l'homme qui a «revigoré le christianisme et la foi en Dieu chez les jeunes Américains». «Merci, Erika, tu as traversé beaucoup d'épreuves. En mémoire de Charlie, nous devons tous nous rassembler pour réaffirmer que l'Amérique est une nation sous l'autorité de Dieu et nous devons rejeter totalement la violence politique, quelle qu'elle soit», a-t-il lancé sous les applaudissements. Quelques heures plus tard, la vidéo de Candace Owens, postée sur YouTube, dépassait le million de vues.
Dès le teaser diffusé lundi, les réactions conservatrices ont été d'une rare virulence. La bande‑annonce s'ouvrait sur l'assassinat de Charlie Kirk, enchaînait sur la prise de pouvoir d'Erika à la tête de Turning Point, puis sur des levées de fonds mondaines en la mémoire du jeune homme. Le teaser suggérait aussi que la série ferait le lien avec une œuvre caritative roumaine associée en ligne à un scandale de traite d'êtres humains –une théorie complotiste que NewsGuard et d'autres fact‑checkers ont déjà examinée et jugée infondée: ils n'ont trouvé aucune preuve que la fondation Romanian Angels d'Erika ait été accusée de trafic ou expulsée de Roumanie.
La pilule qui passe mal
Ben Shapiro, fondateur du média conservateur Daily Wire, où Candace Owens a travaillé jusqu'à son départ en 2024 sur fond de propos jugés antisémites à propos de la guerre à Gaza, a été l'un des plus tranchants: il l'a qualifiée d'«être humain malfaisant et tordu». Dan Bongino, ex‑podcasteur vedette de droite brièvement passé par la direction adjointe du FBI avant de revenir à son micro, a jugé dans son émission: «Ça ne peut pas être ça, ce mouvement [conservateur]. Et si c'est le cas, je ne… je ne veux tout simplement pas en faire partie.»
Dans le premier épisode, Candace Owens lit une longue lettre laissant entendre qu'Erika Kirk pourrait être une psychopathe, puis se lance dans une dissection détaillée de son arbre généalogique. Face aux critiques, elle se pose en lanceuse d'alerte légitime: «Une jeune femme sans aucune qualification professionnelle a été propulsée à la tête d'une organisation caritative qui a encaissé plus d'un quart de milliard de dollars l'an dernier, et les médias vous disent que vous n'avez aucun droit de savoir quoi que ce soit sur elle, ni de poser des questions», affirme‑t‑elle.
La force de l'insinuation
Pour la chercheuse à la McCourt School of Public Policy de l'Université de Georgetown, Renée DiResta, Candace Owens est surtout en train de maximiser son capital d'attention dans un écosystème qui récompense les conflits internes autant que la polémique externe. «Candace a construit sa base en se présentant comme une franc‑tireuse prête à se battre, analyse la chercheuse. Elle utilise ça aujourd'hui pour emballer même des théories infondées de manière divertissante, et son public a le sentiment d'être dans le cercle des initiés à qui l'on révèle des “vérités cachées” sur des gens qu'ils se méfient déjà ou considèrent comme des méchants.»
Lea Marchl, chercheuse en vérification de l'information chez NewsGuard, souligne que là où beaucoup de complotistes amplifient des rumeurs venues d'ailleurs, Candace Owens n'hésite pas à forger des narratifs originaux en citant des sources anonymes et supposément haut placées. «Elle penche souvent sur un langage complotiste du type: “N'est‑il pas intéressant que telle personne se soit trouvée près des lieux ce jour‑là?”», explique‑t‑elle. En jouant sur l'insinuation plus que sur l'affirmation factuelle, elle rend ses thèses difficiles à réfuter complètement, même lorsqu'elles paraissent délirantes.
Cette stratégie fonctionne d'autant mieux que les plateformes sociales amplifient le clash. Sur TikTok, Instagram ou YouTube, les réactions indignées font grimper l'engagement et poussent les algorithmes à diffuser davantage le contenu. Quand Candace Owens attaque la droite de l'intérieur, ses vidéos circulent sur un spectre politique plus large: des libéraux les relaient pour se réjouir de la division, des conservateurs pour protester –tout le monde clique, commente et partage.
Avec 5,8 millions d'abonnés sur YouTube (un peu moins que les 7 millions de Ben Shapiro, mais plus que les 5,2 millions de Tucker Carlson) et 6,4 millions sur Instagram, où elle vend casquettes, t‑shirts et mugs, Candace Owens illustre à la perfection un conflit devenu central chez la droite américaine: celui qui oppose les institutions (partis, organisations comme Turning Point) à des personnalités médiatiques qui prospèrent sur la provocation permanente. Désormais, en visant ses symboles les plus sacralisés comme Erika Kirk, Candace Owens teste jusqu'où l'écosystème MAGA est prêt à tolérer sa guerre médiatique.
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