«Je ne veux pas d’une police anti-immigration comme Ice en France»
« Je ne veux pas d’une police anti-immigration comme Ice en France »
Plusieurs milliers de manifestants ont défilé contre le racisme, le fascisme, les violences policières et la guerre, samedi après-midi dans les rues de Paris. Mais à la veille d’un scrutin municipal, la situation internationale était aussi au cœur des préoccupations dans le cortège.
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D’unD’un groupe de manifestant·es à l’autre, on sent de la colère, de la gravité, mais aussi une certaine angoisse, en parcourant ce cortège bigarré, samedi 14 mars à Paris. La « Marche des solidarités », organisée par quelque 360 organisations dans une centaine de villes françaises, a cristallisé les préoccupations antiracistes, antifascistes, pacifistes, et contre les violences policières que suscite l’actualité du moment. Dans la capitale, plusieurs milliers de personnes ont défilé entre les places de la Nation et de la République, entre averses et rayons de soleil, à la veille d‘élections municipales bien peu évoquées dans le cortège.
L’actualité internationale semble même avoir joué un rôle important dans le choix de venir battre le pavé parisien ce samedi. Margaux, 38 ans, marche en tenant la main de sa petite fille, qui brandit fièrement une pancarte arborant la colombe de la paix. « Je suis venue là surtout par rapport à ce qui se passe au Moyen-Orient, c’est un conflit qui engage le monde entier », explique cette artiste. « J’ai des attaches au Liban, où j’ai vécu. Une partie de la population est déplacée de force, les bombardements se déroulent dans une impunité totale. Avec ce qui se passe à Gaza, c’est la porte ouverte à tout, sauf s’il y a un sursaut des peuples. »
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Dans la manifestation, les collectifs respectivement opposés à la guerre en Iran et en Palestine ont mobilisé du monde, à grand renfort de drapeaux, banderoles et slogans pacifistes. Nariman, 38 ans, Iranien, se tient toutefois soigneusement à l’écart des soutiens du régime iranien qui défilent en revendiquant le droit du pays à se défendre. « Je suis ici surtout par solidarité avec les minorités, et pour la lutte contre le racisme », explique le jeune linguiste. « La situation en Iran me touche évidemment beaucoup, mais je suis contre les islamistes fascistes », ajoute-t-il sans trop s’étendre sur le sujet.
Albane, 22 ans, l’avoue, elle a « eu peur de ce qui se passait aux États-Unis avec Trump » : « Mais maintenant, avec la montée de l’extrême droite, j’ai aussi peur de ce qui peut arriver en France. À la télé, des gens de droite et d’extrême droite parlent déjà de faire une police anti-immigration comme Ice. C’est très flippant, je n’ai pas envie de voir ça en France », déclare l’étudiante en regardant son copain Allan, noir de peau. « On est là pour lutter contre la montée du fascisme, du racisme et de l’homophobie. Je le fais pour ma famille, mes amis, et pour les autres aussi », complète le jeune homme, 22 ans lui aussi. Sa copine et lui l’assurent, ils voteront dimanche.
Les angoisses et la peur du lendemain s’agrègent dans la manifestation, les périls semblant plus nombreux que jamais. « Je ne veux pas attendre qu’il n’en reste plus qu’un, sans personne pour le défendre », explique Manouche, 51 ans, en référence à la célèbre citation du pasteur Niemöller sur la montée du nazisme. « Il faut se défendre. Les opinions, les religions, les différences n’ont pas à être jetées. Chacun a une place. C’est cela le vivre-ensemble », conclut cette enseignante guyanaise.
Même préoccupation chez Ambre, 22 ans. « Je lutte contre toutes les formes de discrimination. C’était impossible pour moi de ne pas venir ici, avec l’extrême droite qui arrive en courant. Il est très important que les personnes non racisées comme moi qui ne subissent pas cette violence-là viennent manifester », déclare l’étudiante.
Françoise, 77 ans, veut se montrer sereine. « On est beaucoup plus nombreux que ceux qui distillent la haine et l’obscurantisme, et il faut le montrer », sourit la retraitée. « Bon, il y a l’état d’urgence, la montée de l’extrême droite, la montée de la haine, le racisme, l’homophobie, toutes ces horreurs qu’on entend et qui ne se disaient pas avant… ça fout les jetons », reconnaît-elle.
La dénonciation des violences policières occupe aussi une bonne partie du cortège, avec plusieurs collectifs de jeunes venu·es des quartiers. « Il y a bientôt trois ans, la mort de Nahel m’a beaucoup marquée », explique Leana, 25 ans. « Je me souviens des marches, des révoltes populaires, chez moi dans le Val-de-Marne, ça a suscité beaucoup d’émotion. Apprendre il y a quelques jours que le policier qui a tiré, et qui est millionnaire depuis une cagnotte en ligne, ne sera pas jugé pour homicide volontaire, je trouve ça révoltant », lance la jeune femme, actuellement en recherche d’emploi.
Plusieurs député·es LFI ceint·es de leur écharpe tricolore, parmi lesquel·les Mathilde Panot, ont défilé en tête de cortège parisien avec de nombreux militant·es insoumis·es arborant des banderoles, et des pancartes « Pour la paix » et « Nous sommes tous-toutes antifascistes ».
Outre les habituels bataillons des syndicats (SUD, CGT, Solidaires, FO…), des partis à gauche de la gauche (NPA, LO, POI, PCOF, Révolution permanente, CNT…), des associations (SOS Racisme, Mrap, LDH, Attac, Urgence Palestine, Droits devant…), ce sont les collectifs de travailleurs et travailleuses immigré·es et/ou sans papiers, le Collectif des jeunes du parc de Belleville, les collectifs antifas et les collectifs LGBTQI+ qui ont animé le cortège parisien. Des manifestants sont aussi venus avec leur pancarte bricolée à la maison, pour s’en prendre à CNews ou au Rassemblement national. « Ici, on ne pleure pas les fascistes », a écrit l’un. « Ferme ta gueule Pascal Praud », a griffonné l’autre. Un exutoire collectif, avant des jours qui s’annoncent plutôt sombres.
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