David Guéranger, sociologue: «L’antidote à l’usure des maires, c’est de faire de la politique»
David Guéranger, sociologue : « L’antidote à l’usure des maires, c’est de faire de la politique »
Le pouvoir politique prêté aux maires à l’occasion de la campagne des municipales contraste avec les difficultés ordinaires et l’épuisement dont ils témoignent dans la majorité des communes. Le sociologue David Guéranger explique d’où vient ce paradoxe, et comment en sortir.
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LaLa proximité des élections municipales de 2026 avec l’élection présidentielle de 2027 a eu pour effet de nationaliser le scrutin local. Les partis en compétition ont insisté sur le pouvoir politique du maire, capable selon eux de préfigurer les politiques publiques qu’ils mettraient en place au niveau national et d’incarner des îlots de résistance contre l’extrême droite.
Mais cette grille de lecture contraste avec l’impuissance ressentie par les maires des petites communes, largement majoritaires dans le pays et qui témoignent régulièrement de leur usure. Dans Maires, à quoi bon ? Enquête au cœur des engagements municipaux (Textuel, 2026), David Guéranger a recueilli la parole de maires de communes de moins de 10 000 habitant·es.
Il explique les contradictions auxquelles les édiles se heurtent aujourd’hui, pris en étau entre la bureaucratisation de la fonction, les contraintes d’un État frugal et la flambée des colères citoyennes.
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« Mediapart » : Cette campagne des élections municipales a été particulièrement nationalisée en raison de son positionnement dans le temps, juste avant la présidentielle de 2027. Quels effets la nationalisation a-t-elle dans les communes de moins de 10 000 habitant·es que vous avez étudiées ?
David Guéranger : Dans des communes petites, ou très petites, la nationalisation du scrutin ne fait pas écho à l’expérience des maires. L’attention des médias durant la campagne est en pratique largement focalisée sur ce qui se passe dans les communes de grande taille, où les joutes politiques et les rivalités entre listes concurrentes sont très fortes, et peuvent être décrites dans les termes des clivages nationaux.
Mais la réalité de l’élection municipale est tout autre pour la majorité des maires que j’ai rencontrés, dans des communes où la concurrence municipale peine à se mettre en place, où il faut susciter les candidatures, recruter un remplaçant, voire pallier parfois l’absence de candidats. Cette expérience de l’élection valorise plutôt la négociation, les arrangements informels, la cooptation.
On pourrait presque dire que ces maires ont un rapport pragmatique et désenchanté à leur propre élection. Non pas parce qu’ils n’ont pas été élus, mais plutôt parce que l’élection ne se serait pas déroulée comme une « vraie » élection, faute d’une « vraie » concurrence, ou d’une concurrence tout court. Parler de nationalisation du scrutin municipal, c’est énoncer implicitement cette manière dont les élections devraient se passer. Pour toutes celles et ceux qui ne s’y reconnaissent pas, la nationalisation du scrutin entretient ce rapport désenchanté au vote et à l’élection municipale.
Ces élections auront donc accentué le sentiment de déconnexion de la majorité des maires ?
Vous dites déconnexion quand je parlerais plutôt d’un sentiment de décalage. Dans son ouvrage de référence, Le Cens caché [Seuil, 1978 – ndlr], le politiste Daniel Gaxie explique que la représentation dominante de la politique fabrique un sentiment d’incompétence politique chez ceux qui ne se sentent pas représentés, les classes........
