"Un second tour Bardella-Mélenchon constituerait une confrontation entre deux systèmes de rejet"
Depuis plus de vingt ans, la vie politique française repose sur une mécanique de disqualification relativement stable : le « front républicain ». Derrière l’expression s’agrègent à la fois une mémoire historique, un réflexe institutionnel et une technologie électorale. Face au Rassemblement national, une partie du système politique, médiatique et culturel considère encore qu’il existe un devoir supérieur de barrage, transcendant les clivages partisans ordinaires.
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Or cette architecture politique pourrait entrer dans une zone de turbulences inédites. Car une autre forme de rejet s’installe progressivement dans le paysage français. Non plus un rejet de nature historique ou post-fasciste, comme celui qui a structuré le rapport au Front national puis au Rassemblement national, mais un rejet d’ordre démocratique et institutionnel visant désormais La France insoumise et la figure de Jean-Luc Mélenchon.
Le phénomène demeure mal conceptualisé. Nous pourrions pourtant le qualifier de « front démocratique ». Car si le RN demeure, pour une partie du pays, porteur d’une illégitimité républicaine héritée de son histoire et de sa généalogie politique, LFI cristallise désormais une autre forme de défiance : celle d’une force perçue comme déstabilisatrice du fonctionnement démocratique lui-même.
Conflictualisation permanente du débat public, polarisation des affects politiques, brutalisation rhétorique, essentialisation des groupes sociaux, stratégie de tension médiatique permanente, recours systématique à la provocation comme mode de centralité politique : c’est moins ici la République qui semble menacée, aux yeux de ses opposants, qu’une certaine idée de la démocratie libérale, du........
