Y aller… ou pas ? Les débats sur le respect du droit international existaient déjà au IVe siècle av. J.-C.
Les événements actuels en Iran voient s’opposer deux camps : les partisans de l’intervention militaire – États-Unis et Israël – face aux tenants du « droit international », parmi lesquels le Royaume-Uni et la France. Deux pays qui, dans un passé encore proche, n’avaient pourtant pas hésité à intervenir militairement dans les affaires d’autrui, au-delà de leurs mandats internationaux, comme en 2011 en renversant le régime libyen.
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On connaît les arrière-pensées et arguments des protagonistes du moment. En revanche, on sait moins que pareille alternative existait déjà dans l’Antiquité.
Fin des années 350 av. J.-C. : Athènes profite de ce qu’on appelle aujourd’hui les « dividendes de la paix », gouvernée par Eubule qui prône le non-interventionnisme, après des décennies où l’activisme de la cité a partout encouragé le développement de la démocratie, du moins dans la mesure où elle y trouvait son avantage. Mais dans cette phase où l’on redécouvre soudainement les vertus du principe de la souveraineté des peuples et qui, du point de vue athénien, pourrait se résumer par un fameux slogan trumpiste (Athens first !), survient un événement inattendu.
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Renversés par un coup d’État oligarchique, les démocrates rhodiens vinrent solliciter l’aide athénienne. Ils furent fraîchement accueillis, d’autant qu’outre ce contexte interne peu propice, un conflit avait, quelques années auparavant, opposé Rhodes à Athènes. Démosthène, dans l’un de ses premiers discours politiques (Pour la liberté des Rhodiens), est alors le seul à soutenir l’idée d’une intervention car selon lui, défendre la démocratie à Rhodes, c’est aussi défendre la démocratie à Athènes.
Il fustige donc les hypocrites qui s’abritent derrière le droit international : « Quand tous les autres s’apprêtent à bafouer le droit, être seuls à brandir celui-ci pour ne rien entreprendre, ce n'est plus observer l'esprit du droit, c'est de la lâcheté. » Et il en appelle à la lucidité : « Le droit, tous le déterminent en fonction de leurs capacités du moment. » En conséquence, « ce sont les plus forts qui en imposent les limites aux plus faibles ». Les Athéniens, qui auraient pourtant eu les moyens, n’intervinrent pas, perdant là l’une des dernières occasions qui leur était offerte de peser sur la scène internationale. D’autres allaient vite prendre leur place, imposant leur propre vision du droit.
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Opportunisme, intérêts plus ou moins bien compris, principes à géométrie variable, réalisme : l’Antiquité grecque reste décidément cette « acquisition pour toujours » dont parle le grand historien Thucydide, que Démosthène avait lu assidûment.
